Un dimanche à Samois | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Un dimanche à Samois

C’est toujours un plaisir de déambuler dans les allées animées du « village des luthiers » entre deux concerts. On y croise des boeufs impromptus avec des musiciens plus ou moins célèbres :

Olivier Kikteff (Doigts de l’homme), Swan Berger, Romane, David Reinhardt ou bien encore Angelo Debarre passant en simple visiteur après avoir joué vendredi soir.

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C’est au détour d’un stand que la guitare m’est apparue. Une forme atypique qui ressemble aux vieilles Gibson des années 20 avec des courbes très prononcées (L-1, L-00…) et une finition sobre avec un verni qui ne brille pas  au loin comme un pare-brise de Mercedes.

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L’instrument a été construite par Antoine Prabel. Il a été nommé Gypsy Parlor.

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La finition est irréprochable. Le verni est élaboré selon une popote maison. Il est sublime. L’éclisse supérieure est ouverte (pas toujours au même endroit selon les modèles) pour favoriser les basses ainsi que l’audition du musicien. Là encore le dessin est très réussi. A l’essai, c’est le son auquel je m’attendais : très mat (le sapele/acajou massif), riche en basse. On a l’impression d’essayer une Martin 00 17 prewar…en version archtop ! Le barrage est encore une création du luthier. Le tout pour un prix inférieur 2200 euros. On croit rêver pour un instrument der cette qualité.

Les autres modèles de M. Prabel possèdent des même qualités : un son puissant, équilibré et riche en basses. Les modèles manouches traditionnels à grande ou petite bouche possèdent en plus les aigus claquant propres au style. Leur dessin est aussi très réussi et les essences  employées pour les caisses sont toujours massives et souvent originales (frêne ondé pour remplacer l’érable par exemple sur le modèle Gypsy Black Angel). Seuls les manches me paraissent un peu épais mais là c’est une question de goût.

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On se dirige ensuite vers la grande scène pour le premier concert qui attirait mon attention dans la programmation. Il s’agit de Kellylee Evans (Canada) accompagnée de musiciens franco-belges (pour le pianiste Raphael Debacker) parmi lesquels figurait un styliste en la personne du guitariste Eric Löhrer. J’avais beaucoup aimé son premier album (déjà  ancien) dans lequel il jouait des titres de Monk seul à la guitare. La chanteuse, diminué par un pépin physique il y a quelques semaines, ne ménageait pas son énergie (et son sourire) pour autant.

Le tout sous le regard attentif de ses comparses  (Fabrice Moreau à la batterie et Sylvain Romano à la contrebasse).

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Notre guitariste était armé d’un belle Gibson ES-330 TD (pour Thinline et Dual pickups) probablement réglée chez l’atelier parisien DNG (si on juge par la housse qui l’accompagnait), lequel semble être le passage obligé pour de nombreux professionnels parisiens. La version vintage de ce modèle a été construite entre 1959 et 1972. Notre exemplaire pourrait dater de la fin des années 60 car la finition « walnut brown » (visible au dos)  n’a été proposée par Gibson qu’à partir de 1968.

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Et puis ce fut le tour de John Pizzarelli. Les passages en France de ce flamboyant guitariste sont rares. Son dernier passage à Samois remonte à 1997.

L’installation est brève pour ces musiciens aguerris et il faut parfois tout faire soi-même !

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Parfois aussi on découvre son ampli quelques minutes avant son concert.

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La guitare utilisée par John Pizzarelli a été construite par Bill Moll. Jusque là, la famille Pizzarelli utilisait plutôt les services du luthier newyorkais Robert Benedetto. Sur le site du luthier, le guitariste affirme posséder 5 guitares Moll. Le modèle utilisé pour le concert doit être celui en laminé (pour la caisse seulement) car ce type de construction est moins sensible aux variations d’hygrométrie rencontrés lors des tournées. L’instrument porte les traces d’une utilisation intensive, notamment l’arrière du manche. Les mécaniques (sans parler des frettes) ont sans doute été changées à plusieurs reprises, parfois de manière individuelles.

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Certains auront noté que cette guitare possède 7 cordes. Il s’agit d’un corde basse supplémentaire accordée en LA et non en SI comme c’est le cas sur les basses 5 cordes par exemple. Le principe est de pouvoir jouer des notes plus graves (sans blague ?) et plus précisément des lignes de basse et des accords à trois notes très fréquents dans le style swing depuis Freddy Green ou Oscar Moore. La plaisanterie habituelle consiste ensuite à préciser qu’on n’a alors plus besoin de contrebassiste ! Initiée au cours des années 30 dans le monde de la guitare-jazz par George Van Eps (un des maîtres du père de John, Bucky Pizzarelli), le principe se retrouve dans la musique populaire brésilienne ou dans le métal avec le groupeKorn.

Notre homme alterne le jeu aux doigts pour les accords ou le jeu solo.Pour les rythmiques swing (celles à trois accords joués sur chaque temps un peu à la manière d’un contrebassiste), le guitariste attaque les cordes où elles sont les plus souples, c’est à dire sur la touche.

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L’amplification est traditionnelle pour le jeu jazz. La guitare est équipée d’un micro flottant, c’est-à-dire pas fixé directement sur la table, et directement branchée dans un ampli AER. Il s’agit d’un ampli haut de gamme destiné à amplifier les guitares électro-acoustique . Il permet d’obtenir le son le plus fidèle de l’instrument électrifié là où un ampli pour guitare électrique aurait tendance à trop colorer le son. Et ça marche ! Pizzarelli varie ses attaques et son volume sonore grâce à son potentiomètre dont l’électronique est fixée sous la plaque de protection ; la variété des sons est étonnante. C’est la quintessence de la guitare jazz.

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L’ampli est repris par un micro electro-statique de grande qualité, un AKG C414. Il n’est pas pour rien dans la sonorité naturelle et riche en nuances de la guitare, le tout dans le cadre d’un concert en plein air. Ce sont les mêmes micros qui servaient à amplifier la batterie.

Mentionnons enfin les autres musiciens du quartet : Tony Tedesco à la batterie, Martin Pizzarelli (« frère de ») à la contrebasse et le virtuose Larry Fuller au piano.

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