Terry « Buffalo » Ware, parcours d’un guitariste américain professionnel. | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Terry « Buffalo » Ware, parcours d’un guitariste américain professionnel.

C’est le portrait d’un guitariste professionnel accompagné de son instrument de tournée que j’ai voulu faire à travers cet article. La rencontre s’est déroulée à Paris dans les murs de l’hôtel Studia à la suite du premier concert parisien (La Pomme d’Eve) de Joel Rafael grâce à l’intervention d’un de ses organisateurs Hervé Oudet, également amateur de belles guitares. Qu’il soit ici sincèrement remercié !

Pomme d'Eve

Photo : Sam Pierre

Biopic

Terry a commencé la guitare à 14 ans, la même année que celle qui voit  les Beatles débuter leur conquête de l’Amérique après leur passage au Ed Sullivan Show. Et c’est bien le rock’n’roll qui sera la grande influence de notre homme, ainsi que la surf music (l’un des styles qu’il a le plus enregistré) et d’autres artistes comme les Everly Brothers.Cela peut sembler étonnant pour quelqu’un qui a grandi dans l’Oklahoma, un état historiquement orienté vers la country et le western swing (Bob Wills), mais il semble bien que la géographie du « Sooner State » (faisant de ce territoire  un véritable carrefour culturel) ainsi que son milieu familial (il commence le piano à l’âge de 9 ans)aient porté notre homme (également titulaire d’un diplôme de journalisme) à écouter toutes sortes de musiques. Il affirme avoir appris la guitare en autodidacte.

C’est sa rencontre au début des années 70 avec Ray Wylie Hubbard (lui aussi originaire de l’Oklahoma) qui lance sa carrière professionnelle.

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Il vit alors au Nouveau Mexique et le groupe écume à peu près tous les endroits habités du southwest américain, notamment le Texas alors marqué par l’aura de Willie Nelson qui est revenu s’y installer.Ils ouvriront d’ailleurs plusieurs de ses concerts. Pendant cette période, Terry enregistre deux albums (1976,1978) avec Ray Wylie Hubbard, dans ce style parfois appelé progressive country qui mélange des éléments folk et rock.

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Signalons que le premier  devenu mythique a toujours été rejeté par Hubbard en raison d’une production non contrôlée. Les deux hommes se perdent de vue au cours des années 80, période de traversé du désert pour notre songwriter anticonformiste. Les deux hommes seront à nouveau en affaires à la fin des années 80.Pendant cet interlude, Terry revient vivre en Oklahoma. La collaboration avec Ray Wylie Hubbard s’arrête pour de bon en 1998 et Terry s’engage alors aux côtés du texan Jimmy LaFave, influencé notamment par un autre natif de l’Oklahoma : Woody Guthrie. En 2004, il commence en parallèle à donner des cours de guitares à près d’une quinzaine d’élèves par semaine. Il est également depuis 1998 le guitariste attitré du Woody Guthrie Folk Festival (Oklahoma) au sein du house band en charge d’accompagner les chanteurs se succédant sur scène. Il peut ainsi occuper jusqu’à neuf formations au cours du weekend de juillet où se déroule l’événement. C’est aussi pour notre homme l’occasion de tisser son réseau et d’étoffer son C.V d’accompagnateur de luxe.

Rebekah Pulley featuring the Oklahoma Geniuses (II)

L’année 2012 voit le début de sa collaboration avec un autre habitué du festival : Joel Rafael. C’est encore actuellement son activité principale même s’il a récemment développé une activité de producteur et d’arrangeur pour des musiciens locaux (notamment de jeunes songwriters) à travers son label OkieMotion Records. Il est entouré pour cela de musiciens tels que Gregg Stanridge ou John Hadley dont la notice biographique mentionne humblement qu’il a écrit plus de mille textes repris entre autres par Waylon Jennings, George Jones ou Dean Martin !

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Le logo du studio scotché sur la valise de tournée. Il reprend un phénomène climatique bien connu des habitants de cette partie des Etats-Unis !

Rig Rundown

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L’expression désigne l’examen minutieux du matériel employé. Et ce fut bien la cas ici grâce à la gentillesse et au professionnalisme de notre homme.Laissant aux pays ses guitares  (quelques Gretsch, une Telecaster de 1957 et une Gibson Les Paul « Gold Top » de 1956) et ses amplis vintage (il possède deux Fender Princeton de la plus belle époque), Terry voyage le plus souvent accompagné d’une Telecaster des années 70.

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Le modèle est aisément datable grâce au numéro de série gravé sur la plaque de fixation du manche: 1974.

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Véritable « workhorse guitar», l’instrument l’accompagne lors de nombreux gigs. En condition « vintage player« , il a été largement modifié au cours des années.C’est le manche qui a d’abord convaincu le guitariste lors de son acquisition dans les années 80.

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Mais Terry trouvait que la peinture recouvrant le corps de l’instrument était bien trop épaisse pour laisser la guitare résonner. Il l’a donc fait poncer et revêtu d’un léger verni transparent laissant apparaître un corps en aulne constitué de trois parties plutôt inhabituelles.

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En général chez Fender, les corps en trois parties présentent un morceau qui couvre au moins la  moitié du corps tandis que les deux pièces restantes sont de taille égale mais ici pas du tout ! C’est comme si l’ouvrier avait utilisé une chute pour constituer son corps tout en sachant que celui-ci sera de toute façon recouvert de peinture ; chez Fender, les corps dont les motifs sont plus harmonieux sont réservés aux finitions sunburst et blanc translucide.

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Et ça n’empêche pas cette guitare de sonner ! Le manche en érable (lui aussi a eu le temps de sécher) n’est pas pour rien dans cette équation réussie. Pour une Fender des années 70,cette guitare est assez légere en comparaison de certaines enclumes rencontrées par l’auteur de ces lignes. On les aime aussi celles-ci mais pas pour les même raisons : sustain, son plus épais…Dernière idée qu’il me faudra confirmer plus tard : les manches Fender tout en érable des années 70 présentent un profil souvent plus épais (comme ceux des années 50) que les manches dotés d’une touche en palissandre.

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Autre élément qui nous renvoie aux premières années Fender, le neck pocket surdimensionné destiné à accueillir tous les profils de manche dont la fabrication pouvait encore varier d’un ouvrier à l’autre.Ce n’est plus le cas actuellement avec l’usage intensif de découpeuses automatisées.

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On aperçoit la vis de réglage du manche qui était placée au sommet du manche sur les modèles Custom et les Stratocaster.

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Le manche présente les stigmates d’un usage intensif. C’est la partie de la guitare qui est la plus exposée aux chocs, notamment lorsque on la pose à côté (ou dessus) de l’ampli avant de jouer.

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La touche présente une patine naturelle qui trahit les effets d’un jeu intensif. Les premiers modèles sortis au début des années 50 noircissaient très vite au point que le service commercial persuada Leo Fender d’abandonner la touche érable au profit de la plus classieuse touche palissandre à partir de 1959. La touche érable fut à nouveau proposée à la fin des années 60. On notera le réglage parfait de cette guitare qui permet à Terry d’obtenir une action assez basse dans les premières cases et qui autorise quand même le jeu au bottleneck vers la 12ème case.

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Exit les mécaniques Schaller estampillées Fender. Terry a choisi un modèle plus fiable avec des Gotoh fabriquées au Japon. Les boutons restent toutefois dans l’esprit de la marque californienne !

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Une belle plaque de contrôle en laiton siglée Fender. Elle n’est sans doute pas d’origine.

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Chacune des pièces constituant cette guitare a été choisie avec soin. Par exemple Terry n’a pas hésité à remplacer le chevalet d’origine pour un modèle de meilleur qualité de chez Glendale (Texas). C’est une des pièces les plus importantes pour obtenir la sonorité suraiguë de la Telecaster.

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Terry a choisi de conserver les trois pontets au lieu des six actuellement en vigueur chez Fender à l’exception des rééditions vintage. Il  a toutefois remplacé celui du mi grave et du la pour un modèle en titane qui favorise un son plus sec et twangy. N’oublions pas que notre homme est fan de surf music !

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A une époque, Terry a souhaité ajouter un micro de Stratocaster pour élargir la palette sonore de sa guitare, et ce dans l’esprit de certains guitaristes studio de Nashville. Il ne l’a pas gardé plus de six mois ! La plaque (non d’origine) n’a pas été remplacée pour autant.

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Pour son micro aigu (le coeur battant d’une Telecaster), le musicien a choisi un Seymour Duncan Hotlead STK-T2. Quant on connait la finesse de jeu en son clair de notre homme (au passage il utilises des médiators sont des Dunlop Nylon 1 mm) on est surpris de voir ce modèle réputé pour favoriser le « gros son » saturé.Là encore, il permet de faire face à de nombreuses situations de jeu. Il est appairé à un micro grave issu de la même marque.

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Les cordes aiguës sont placées assez près de l’aimant. Ce micro semble autoriser ce type de réglage extrême.

Pedal Board

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On reste ici dans un set assez classique constitué pour commencer de l’indispensable delay que Terry actionne tout le temps mais avec un effet retard très léger. Assez difficile à trouver d’occasion, c’est le dernier modèle analogique fabriqué par Boss à la fin des années 80.

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Pièce maîtresse du son de Terry, la pédale de boost Sexdrive fabriqué au Texas par l’entreprise Durham Electronics. Contrairement à l’usage habituel d’un booster (on l’actionne pour les solos), Terry le laisse constamment allumé. Rendu populaire aux Etats-Unis par Charlie Sexton, c’est un des best seller d’une marque encore assez peu répandue dans nos contrées.

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Pour le reste des effets,notons que la pédale de saturation Maxon (fabricant originel de la célèbre Tube Screamer  de chez Ibanez) est rarement utilisée par notre homme plutôt adepte des sons clairs. La pédale de reverb Holy Grail lui sert à pallier à l’absence de celle de l’ampli sur lequel il peut être amené à jouer.La pédale MXR est également utilisée constamment comme un filtre. A noter enfin que lorsque les conditions de transport le lui permettent, Terry embarque avec lui une pédale de volume.

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Mais à quoi bon tous ces efforts me direz-vous si c’est pour tourner son ampli (un Fender Blues Junior ce soir là) contre le mur pendant le concert ? Dans les petites salles où les amplis ne sont pas repris par un micro (Terry déteste jouer avec des retours), notre homme préfère diminuer la directivité du haut parleur sur le public lorsqu’il est obligé d’augmenter le volume et de se servir du mur comme surface de diffusion. Pour avoir consulté d’autres photos de l’artiste en concert, cette pratique semble assez courante.

– « Mais vous-arrivez à vous entendre ? » lui demandai-je alors.

– « Cela ne change rien ! » me répondit-il.

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Merci a Terry Ware pour sa patience et sa disponibilité ainsi qu’à Hervé Oudet sans lequel cet article n’aurait pu voir le jour.

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