Rares guitares électriques (50-70′s) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Rares guitares électriques (50-70′s)

Le marché de la guitare étant dominé depuis une cinquantaine d’années par deux constructeurs qui ont imposé des standards à la fois techniques et esthétiques, les tentatives couronnées de succès pour sortir du lot ne sont pas légion. D’un côté la forme Les Paul créée par Gibson dont le dessin rappelle les instruments classiques et de l’autre la forme « stratoïde » plus moderne imposée par Fender.

Il est vrai que dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres les habitudes ont la vie dure et peu de constructeurs ont su imposer leurs concepts à l’ombre des deux géants. Gretsch en fut un brillant exemple mais d’autres fabricants à la production  beaucoup plus confidentielle ont laissé des objets qui suscitent encore l’admiration des collectionneurs (Ampeg, Bigsby…). On trouve aussi des fabricants capables de produire des guitares en grande quantité et à faible coût. Il agissaient le plus souvent par le biais de grandes entreprises de vente par correspondance (Sears and Roebuck, Montgomery Wards…) : Harmony, National-Dobro/Valco, Kay… N’oublions pas non plus que nos deux marques aujourd’hui légendaires (Gibson l’était déjà en fait) restent à l’époque chères et souvent inaccessibles à un large public. Jusque dans les années 80, la production n’a pas encore été délocalisée ou sous-traité à l’étranger (Japon, Corée…). C’est avec l’arrivée des concurrents japonais  au début des années 60 (Teisco) que les fabricants américains se convertiront à ce processus : Epiphone devient par exemple la sous-marque japonaise de Gibson et Fender agit de même avec la marque Squier. Mais pour certaines (Harmony, Kay), il sera déjà trop tard.Ted Mac Carthy, dirigeant de Gibson au cours de son âge d’or électrique, fit observer à ce propos que ce sont les compagnies produisant des instruments d’entrée de gamme qui disparurent les premières.

Commençons donc la balade avec quelques Gretsch. Versée dans les guitares à caisse (en bois plaqués) à la fin des années 40, la marque new-yorkaise se lance sur le marché des guitares  corps plein à partir de 1953 avec le lancement de la Duo Jet 6128. Enfin, guitare à corps plein pas vraiment puisque le corps était partiellement évidé (on dirait aujourd’hui « chambered« ) pour contribuer au son qui restera associé à la marque. Les micros Dynasonic fabriqués par DeArmond-Rowe Industries y contribuèrent aussi. La firme de Brooklyn lança rapidement d’autres modèles (6130, 6121,6129) pour contrer le retard accumulé sur Gibson entre autres. Dans les années 50, la marque s’affirme fièrement aux côtés des deux grands spécialistes du genre, notamment grâce à des partenariats prestigieux (Chet Atkins) et des produits qui ne cherchent pas à imiter la concurrence. Quant à la qualité de fabrication, elle n’est pas toujours aussi fiable que chez Gibson par exemple et les modèles d’époque sont souvent fragiles : finitions et assemblages fragiles, collages hasardeux, renversements des manches insuffisants…Il n’en reste pas moins que ces instruments, particulièrement ceux à caisse pleine, sont particulièrement recherchés par les guitaristes amateurs de beau matériel.

Gretsch Firebird de 1965

Gretsh Fire Bird

Gretsch Astrojet de 1965

Gretsch Astrojet 1965

Gretsch Super Axe de 1974

Gretsch Super Axe 1974

On retrouve parfois l’esthétique western (très présente dans le domaine des acoustiques à cette époque) dans le domaine des solid body électriques avec cette Danelectro Long Horn (« grandes cornes ») de 1959. Elle a pourtant été fabriquée dans le New Jersey, état dans lequel l’élevage bovin est assez peu répandus. Le modèle le plus connu de la marque est le « DC », lequel possède une forme plus traditionnelle. Ses adeptes (Jimmy Page) l’utilisent le plus souvent pour le jeu en slide autorisé par un son clair peu consistant qui s’explique par le fait que ces instruments n’étaient pas construits en bois mais en masonite, une sorte de balsa. A cela s’ajoute des micros simple bobinage assez peu puissants dont la caractéristique principale est d’avoir été assemblés à l’époque avec des tubes métalliques utilisés dans la fabrication des rouges à lèvres (lipstick).

Danelectro Longhorn 1959 Copperburst

Dans le registre des guitares entrée de gamme, évoquons cette Danelectro-Silvertone 1448 « Amp-In-case » des années 60.L’habitude des fabricants américains de proposer dans leur catalogue la guitare et l’ampli est ici poussée à son paroxysme. Le modèle Silvertone était une référence du catalogue de vente par correspondance Sears Roebuck and Company et qu’il a été fabriqué par différents constructeurs au cours des années (Harmony, Kay, Valco Teisco, Danelectro).

Silvertone Model 1448 Amp-In-Case 1960's

Cette référence très populaire fut ainsi la première à passer sous les doigts d’un jeune guitariste de Seattle au milieu des années 50…

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Une Airline « Town and Country » des années 60 sortie des usines Valco qui ne produisait que des « guitares pour les autres marques » : National, Oahu, Gretsch…Les rééditions récentes de ces nouveaux modèles en provenance de Chine n’appellent pas vraiment à la discrétion.

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Une Carvin model 3 SGB de 1959.  Carvin était à l’époque une marque généraliste (lap steel, accordéon, micros…) qui avait pour particularité de distribuer certaines marques comme Fender ou Martin? Allez vous y retrouver…Il n’en reste pas moins que la volute supérieure et la finition jaune sont immédiatement reconnaissables. Si on a pu dire que la Telecaster ressemblait à une pagaie ou à une cuvette de toilettes, que pourrait-on dire de celle-ci ? Remarquez les pièces en plastique (bakélite) dont la marque s’était fait une spécialité, notamment sur des lapsteel, son coeur de métier jusqu’à la transition vers aux guitares (et les mandolines) électriques à partir de 1954. Ces guitares ne pouvaient être achetées que par correspondance et ne comportaient pas de numéro de série jusqu’en 1970. La marque existe toujours et s’honore de fabriquer les modèles utilisés par le guitariste anglais Allan Holdsworth.

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http://www.carvinmuseum.com/decade/images/59-3sgb.html

Guild Aristocrat

Cette Guild Bluesbird Aristocrat M-75 a été produite entre 1954 et 1963. A l’époque, la firme était située à Hoboken (New Jersey) et c’est un peu le lieu de son âge d’or. Cette guitare est la réponse de la jeune marque Guild (New York,1954) au modèle Les Paul de Gibson, avec une singularité cependant : une caisse creusée en partie (semi hollow body) indétectable à première vue… si ce n’est par la présence d’une table en épicéa qui ressemble à celle d’une acoustique. Comme toujours chez Guild (pour la plupart des anciens ouvriers d’Epiphone) la finition et la qualité de fabrication sont irréprochables. Cette guitare très rare n’a pas une cote très élevée (surtout depuis que Keith Richards s’en est acheté une dans les années 80) et comparable à celles atteintes par les modèles Fender et Gibson de la même époque. Chez Guild, la remarque vaut également dans les domaine des acoustique et des guitares jazz (une Artist Award s’il vous plaît !). Le modèle (ou plutôt le nom ?)  a été repris au cours des années 70 et n’a pas grand chose à voir avec celui-ci. Il constitue quand même une bonne affaire dans la lignée des solid body à forme SG produite par la firme à cette époque.

Epi Wilshire

Epiphone se lance sur le marché des solid-body à l’époque de sa reprise par Gibson en 1957. La marque a encore un ancrage américain mais le temps des archtop qui ont fait sa gloire (années 30-40) est bien révolu. Le modèle présenté ici, une Wilshire de 1961, brille par un design original alors qu’il sort des mêmes usines de Kalamazoo qui produisaient alors les Les Paul et et SG de Gibson. Il s’agit d’un modèle assez recherché actuellement.

Mosrite Modele 1 Joe Maphis 1966

Poursuivons avec une Mosrite Model 1 signature Joe « king of the strings » Maphis. Ce dernier était un musicien renommé de Bakersfield (Californie) souvent surnommée Nashville West. Joe Maphis était un guitariste virtuose proche de la famille Cash/Carter et brillait par un jeu souvent spectaculaire sur des guitare (Mosrite) à double manche… effet garanti ! L’histoire de la marque fondée en 1952 par Semie Mosley devient difficilement lisible au cours des années 60 lorsque la license est vendu au Japon. Et pour cause, ces guitares se vendaient deux fois le prix d’une Fender ! On raconte même que Hendrix en possédait quelques modèles (ceux équipés d’une distorsion Fuzzrite) mais ne les sortaient jamais en concert afin de pouvoir exploser ses bonnes vieilles Fender… Appréciez notamment le « german curve »  du corps que notre homme avait appris aux côtés de Roger Rossmeisl chez Rickenbacker (le german carve des séries F c’est lui), un fameux luthier teuton qui travailla quelques années plus tard pour Fender au dessin de modèles archtop devenus légendaires.

MosriteFlyer

www.mosriteforum.com

Vient ensuite la seule guitare de notre sélection qui  n’est pas américaine:  une Teisco Del Rey de la fin des années 60. Teisco est une marque japonaise apparue au cours des années 60. C’est le genre de modèle qui a poussé les fabricants U.S à s’intéresser  au potentiel industriel japonais dans le domaine des instruments de musique. Ils en avaient déjà eu un aperçu dans le domaine automobile avec les Datsun (« saves a gallon »). Les premiers joint venture débutent à la fin des années 60 et permettent de contrôler en partie la concurrence japonaise qui commence à prendre de plus en plus de place. On retrouve tous les éléments caractéristiques d’une guitare électrique de qualité : 4 micros simples (les doubles sont rares à cette époque car plus coûteux à fabriquer), un vibrato , un chevalet en acier permettant un ajustement précis de chaque corde, une touche rapportée, une finition sunburst luxueuse et pour finir un dessin original. Comme chez Harmony, les sous-marques sont parfois nombreuses : Kingston, Kimberly,Beltone,Guyatone…

Teisco Del Rey Late 1960's

Finissons ce rapide panorama avec les essais manqués de la part cette fois-ci des grands constructeurs. Le premier exemple concerne le fabricant de guitares acoustiques à cordes acier Martin qui se lance sur le marché des guitares électriques, sans toutefois s’abaisser à produire ces ignobles planches à micros qu’étaient les guitares solid body.

Martin GT-70 1966

La série des Martin F (50, 55, 65) puis GT (70 et 75) fabriquées entre 1961 et 1968 représente une tentative audacieuse de Martin à l’orée des années 60 d’établir une gamme de guitare électriques Archtop (séries F)ou Thinline (séries GT). La firme de Nazareth (Pennsylvanie) avait électrifié certains modèles acoustiques grâce avec des micros fabriqués par l’entreprise DeArmond mais elle bascule alors vers des pratiques qui lui étaient jusque là inconnus : construction en érable plaqué, dessin « moderne », finition plus tapageuses…Le modèle n’ayant pas trouvé le succès c’est l’occasion pour l’amateur averti de se procurer une belle guitare à des prix parfois deux ou trois fois inférieurs à ceux des marques  Guild, Gretsche ou Gibson.

Pour le son de la bête, je laisse la parole au technicien Hans Butcher : « Gt’s tone with the DeArmond pickups—is a really bright and strident sound that needs to be matched with an appropriate amp. » A noter que la firme avait aussi une gamme d’amplis (l’un n’allait pas sans l’autre pour le marketing de l’époque) sans doute réalisés ailleurs. Il s’agit des rarissimes Model 110T et 112T.

Fender Starcaster 1975

Second exemple pris chez Fender avec cette Starcaster de 1975. Cette guitare illustre bien les  multiples essais manqués de Fender dans le domaine des guitare à caisse auxquelles la marque rajouta l’innommable : un manche vissé ! Il faut dire que ce genre d’attribut était plus facile à produire et aussi à réparer… Au début des années 60, la marque avait déjà lancé un modèle demi-caisse (thinline) plus économique avec la Coronado. Il s’agissait d’occuper le marché naissant pour ce type de guitare dominée par Gibson (et ses ES-335), Epiphone (la Casino de John Lennon) ou bien encore Guild (Starfire). Cette Starcaster a été créée par l’ingénieur maison Gene Fields (il s’est depuis  spécialisé dans le production de pedal steel) et était dotée des légendaires micros double bobinage Wide Range créées par Seth Lover. On notera une électronique différente des autres modèles de la marque : (volume/tonalité pour chaque micro + volume général) et les cordes traversantes qui paraissent bien étranges sur une demi-caisse où elles sont généralement fixées par un cordier, comme c’était le cas sur la Fender Coronado : encore une spécialité de la maison. A l’inverse du modèle Coronado, la cote de cet instrument reste élevée. Cela pourrait s’expliquer par la rareté du modèle, qui plus est dans son état d’origine.

Plusieurs marques n’ont pas été évoquées dans cet article, parfois en raison de la confidentialité d’une production qui est souvent inversement proportionnel à leur renommée. On pourrait citer la marque Alembic. La firme (l’atelier ?) californienne est célèbre pour ses basses mais aussi pour les guitares utilisés entre autres par Jerry Garcia qui détestait les guitares de série et dont un des modèles a été choisi en une de cet article.

Les photos de cet article proviennent pour la plupart du site de vente en ligne Heritage Auction.

Les références  sont issues en partie du Official Vintage Guitar Price Guide (version PDF) du site Gbase qui regroupe plusieurs dealers américains.

La guitare en couverture est le modèle « Tiger » utilisé par Jerry Garcia et fabriqué par l’entreprise américaine Alembic.

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