Pourquoi les guitares acoustiques vintages sonnent-elles mieux ? | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Pourquoi les guitares acoustiques vintages sonnent-elles mieux ?

Je traduis ici un article paru en mars 2013 dans le magazine américain Vintage Guitars pour y apporter ma contribution. Dans cet article, Steven Stone évoque plusieurs points qu’il m’a paru intéressant de développer.

La première partie concerne la traduction de l’article, laquelle sera ensuite agrémentée de mes commentaires. Petite précision,nous parlerons ici des guitares dites flat top… c’est-à-dire des « guitares à table plate et à cordes acier », plus communément appelées « folk » dans nos contrées.

 Avec le temps vient le « mojo » – Pourquoi les guitares acoustiques vintage sont si spéciales ?

Avec toutes ces belles guitares neuves sortant des ateliers de chez Martin, Gibson, Collings, Taylor and Guild, pourquoi acheter un instrument usé ? La réponse la plus simple serait le « mojo », terme qui peut parfois suffire à décrire l’impression laissée par une guitare vintage, mais qui bien d ‘autres éléments plus concrets doivent être pris en compte. Nous en évoquerons quelques-uns.

Le son

Certaines guitares neuves peuvent être chaleureuses ou claquantes mais  peu d’entre elles peuvent être être les deux à la fois comme savent l’être les guitares vintages. La puissance sonore de certaines guitares neuves se fait souvent au détriment du timbre et de la finesse harmonique. Les guitares vintages associent la complexité harmonique d’une manière spéciale et différente d’au moins 99,9 % des guitares neuves. Une fois que l’on a goûté à cette combinaison du design, des matériaux, fabrication et de l’âge, il est difficile de revenir en arrière.

Une bonne guitare vintage a davantage de dynamique qu’une guitare neuve. Ce n’est pas seulement une question de volume sonore. Une guitare vintage pourra donnera un son feutré avec une attaque douce et un son puissant quand on « tape » dedans. J’ai possédé un temps une magnifique Dreadnought neuve faite par Randy Lucas qui était si puissante qu’il était difficile de la faire sonner doucement. A l’inverse, la Martin D-18 de 1944 que j’ai eu pouvait rivaliser avec la Lucas en terme de puissance mais pouvait aussi produire des sons plus délicats si la musique l’exigeait.

Le toucher

Les instruments vintage procurent des impressions différentes et particulières en comparaison des guitares neuves. Plutôt que la raideur et la dureté affichées par ces dernières neuves, les guitares vintages ont un toucher plus « moelleux » sous les doigts et même dans la manière dont le médiator frappe les cordes. J’ai pu jouer sur de  nombreuses belles guitares neuves, et même sur certaines s’approchant des qualités associées aux vintages, mais je n’ai jamais retrouvé cette réponse si particulière des instruments anciens. On a moins besoin de force pour les faire sonner.

Certains bois utilisés dans la fabrication des guitares acoustiques ont besoin des plusieurs décennies pour s’ouvrir.  C’est le cas par exemple de l’acajou. Je possède une Guild M-20 de 1959 que mes parents m’ont acheté quand j’avais neuf ans. Après 50 ans, elle atteint cette sonorité qui lui a toujours manqué au cours de son existence. De même, la plupart des séries 15 ou 17 en acajou de chez Martin qui ont été construites dans les années 30 et 40 commencent à peine à révéler leur potentiel sonore.

L’histoire

C’est ici que le « mojo » intervient dans le jeu. Comment la musique actuelle aurait été différente si Orville Gibson et Christian Frederick Martin avait décidé de fabriquer des meubles plutôt que des guitares ? A quel point les oreilles et les cerveaux ont été touchés par les basses puissantes des premières Dreadnought construites dans les années 30 ?

Elvis et sa Martin D-28 gainée de cuir, Woody Guthrie avec sa Gibson J-45 « machine à tuer les fascistes » ou bien Bob Dylan et sa Guild F-20… Ces épisodes ont été le fruit d’une association d’hommes et d’instruments. Ces instruments ne sont pas seulement des icônes. Ils sont aussi des sources d’inspiration. Les guitares vintages sont à ce point désirable qu’elles ont des choses à vous apprendre. Comme vous le diront beaucoup de songwriters, un bon instrument ancien a quelque chose de spécial ; il renferme des chansons qui attendent d’être libérées par celui qui saura en décoder les secrets.

La valeur

Quand je suis entré dans le marché en 1996, acquérir un instrument ancien plutôt qu’un instrument neuf n’était pas vraiment une liée à une questions d’argent. En 1997, j’ai ainsi payé 5000$ pour cette D-18 mint que j’ai revendu en 2004 pour 10000$. A l’époque actuelle, j’aurais pu en tirer jusqu’à 20000 $. Même à ce prix, cette D-18 reste une guitare d’exception. Lorsque plus de deux guitaristes professionnels se rencontrent,la discussion en vient souvent à aborder le fait qu’ un petit nombre des jeunes musiciens actuels peut se payer une bonne guitare vintage. Lorsque je me suis entretenu avec le guitariste Chris Eldridge du groupe Punch Brothers, ce dernier m’a confié qu’il avait attendu longtemps  après une Martin Dreadnought pre war. C’est seulement grâce à la gentillesse de musiciens et collectionneurs qu’il a pu s’offrir un tel instrument [une D-28 de 1937 ayant appartenu au guitariste américain Charles Sawtelle et prêtée par Nick Forster – voir plus loin].

A un moment, les prix du vintage étaient établis d’après ceux d’instruments neufs de qualité comparable. Actuellement, il semble que ce soit plutôt l’inverse. Alors que le prix  des Martin D-28 et autres Gibson AJ vintage dépasse désormais les 50000$, les deux firmes ont créé des modèles basés sur les mêmes méthodes que ceux vintage avec des prix bien supérieurs aux reissue précédemment fabriquées. J’ai pu essayer ces modèles souvent très excellents. Quel dommage que je ne sois plus là pour les entendre dans 75 ans lorsqu’ils se seront ouverts !

La valeur d’une guitare vintage ne peut donc être appréciée qu’en la jouant. Pour beaucoup d’entre nous, la première rencontre avec une guitare vintage changera notre façon de ressentir notre musique et de la jouer cette dernière. Et c’est bien pourquoi les guitares acoustiques sont si spéciales. 

Des instruments qui peuvent dormir de longues années…avant d’être réveillés

Je reviens maintenant sur quelques questions qui n’ont pas été évoqués par notre auteur. Pour commencer, une guitare vintage sonne t-elle mieux si elle a été souvent jouée ou au contraire est-elle rincée ? C’est bien la première réponse  qui ressort et rares sont les instruments en état d’origine (mint) qui peuvent rivaliser avec ceux de la même  époque utilisés régulièrement, surtout au début de leur existence. Le problème dans le cas de cette dernière utilisation concerne les chocs subis par l’instrument. Dans le même esprit, un instrument joué au début de sa vie peut s’endormir par la suite pour de longues années pour être réveillé parfois plusieurs décennies plus tard par son (optimiste) propriétaire. Il existe même des appareils destinés à réveiller les instruments anciens ou à rôder les nouveaux.C’est ce que raconte Chris Thile à propos de sa Gibson F5 Lloyd Loar de 1924  acquise il y a peu en remplacement de sa mandoline (plus récente)  fabriquée par le luthier Lynn Dudenbostel. Il affirme avoir perçu dans cet instrument des possibilités immenses qui ne se révéleraient que bien plus tard car l’instrument avait été assez peu joué. Plus prosaïquement, notre homme a également été informé que cette mandoline faisait partie du lot (batch) le plus prestigieux jamais construit par Lloyd Loar entre 1922 et 1924.On peut ajouter que la valeur marchande d’un tel instrument (renforcé par la célébrité de son propriétaire) lui a permit d’une certaine manière de placer son argent. Notre homme a ainsi déclaré que cet instrument de plus dizaines de milliers de dollars était devenu son coffre-fort !

Des méthodes de construction différentes

Au delà de l’histoire de la guitare et du temps de séchage, je préfère évoquer ici les raisons objectives qui inciteraient à déclarer que les guitares vintages sonnent mieux construites que leurs consoeurs actuelles. Desquelles parlons-nous tout d’abord ? De la production  des grand fabricants américains historiques (Gibson, Martin, Guild) ou récents (Taylor) ainsi que de celles plus confidentielles (Collings, Santa Cruz, Huss and Dalton, Bourgeois…) réservée à une élite, voire même de certains luthiers à la production encore plus confidentielle (Schoenberg).

Il est difficile de comparer entre ces fabricants dont les écarts de production varient de 1 à 1000. Evoquons cet aspect pour commencer. Pendant des décennies, la production d’une firme comme Martin n’a pas dépassé les 6000 instruments par an et à titre d’exemple, seulement 507 D-28 furent ainsi fabriquées en 1961 contre 5466 10 ans plus tard . Le seuil des 10000 a  été franchi à la fin des années 60 avec le boom de la musique acoustique et la firme de Nazareth (Pennsylvanie) a mis des années à s’en remettre. Cela en faisait des guitares assez rares et les guitares de qualités que l’on pouvait voir le plus souvent dans les années 30 à 50 étaient plutôt des Gibson à la production nettement plus importante et à laquelle on peut ajouter les sous-marques (Cromwell, Recording King…) fabriquées pour les catalogues de vente par correspondance. Actuellement, Martin et Taylor produisent chaque année plus de  50 000 instruments chacun et les fabricants qui ressemblent plus à des ateliers (la seconde catégorie)  entre 300 et 1200/ an; Signalons que l’emprise actuelle de Gibson sur les guitares actuelles n’est plus comparable avec son glorieux passé. La firme produit tout de même près de 12000 guitares par an.

Le contexte des années 20 à 50 portait à choisir des essences les plus prestigieuses telles que l’acajou du Honduras, le palissandre de Rio, l’épicéa ou l’érable américain. Ces bois coûtaient chers certes, mais ils étaient facilement trouvables et considérés comme une ressource infiniment renouvelable. Ils représentent une réelle valeur ajoutée pour ces instruments même si leur culte confine parfois à l’ésotérisme… Mojo quant tu nous tiens ! L’interdiction du palissandre de Rio à partir de 1967 et le tarissement progressif des sources en acajou ont poussé les fabricants à s’orienter vers de nouvelles régions à la législation plus souple (Madagascar pour l’ébène et le palissandre indien), à employer d’autres essences (le sapele africain pour l’acajou) ou bien à remplacer la fibre cellulosique pour la fibre synthétique pour certaines parties le Micarta pour l’ébène sur les touches des guitares Martin. Il n’en reste pas moins que le volume de la production actuelle (plus d’un million de guitares produites par an) fait peser une pression accrue sur certains massifs forestiers (Afrique équatoriale) et que les affaires de contrebandes commencent à toucher certains grands fabricants comme ce fut la cas récemment pour Gibson avec l’ébène de Madagascar. Dans la même veine, certaines guitares fabriquées en Chine pour des tarifs inférieurs à 500 euros.en deviennent presque indécentes au regard de la qualité de certains bois utilisés. La question de la durabilité de cette filière en est même devenue un argument commercial pour Taylor et son projet de scierie Cameroun.

Nous entrons ainsi dans une ère où la production va s’accroître (Taylor annonce 80000 instruments/an) alors que les essences se raréfient en nombre et en taille. Il ne sera pas rare dans les prochaines années de croiser des instruments avec des tables en 3 ou 4 parties ou des manches constitué de chutes d’acajou comme chez Martin avec son Stratabond. De quoi exercer une certaine pression sur le marché des guitares vintages qui n’a désormais plus besoin de la visibilité d’Eric Clapton pour exister !

Le volume de la production , les essences utilisées et enfin les méthodes de construction font de ces instruments des objets uniques : placement et forme des barres de renfort constituant le barrage, colles utilisées, forme des manches, taille des frettes, qualité des vernis… celui qui n’a pas joué sur le manche en V d’une Martin des années 20 ne peut savoir de quoi je parle…

Les limites à l’utilisation des guitares vintage

Evoquons maintenant les inconvénients inhérents à la pratique d’une guitare vintage. Tout d’abord, combien de ces guitares vintages parviennent dans nos mains dans leur état d’origine ? Nombre de marchands mettent désormais un point d’honneur à présenter des instruments en partie restaurés, et parfois un peu vite : reset neck, bridge plate (plaque  qui renforce la table sous le cordes) changé, chevalet remplacé, barrages recollés…

Je ne parle pas ici des fissures (cracks) et chocs (digs) inhérents à ce genre d’instruments mais plutôt de la manière dont il ont été réparés ou entretenus…J’ai encore le souvenir d’un ami me disant qu’il n’achetait plus d’instruments dans tel magasin U.S car ils étaient systématiquement « retapés », certes de manière professionnelle mais quand même, et jamais présentés  « dans leur jus ». Il est vrai qu’il faut parfois prévoir un budget lutherie pour certains instruments qui en valent la peine (il n’est pas toujours aisé de trouver un bon luthier, qui plus-est) et la somme (un simple reset neck peut coûter jusqu’à 1000 euros).

Autre problème : une guitare vintage reste fragile (ne serait-ce que par sa valeur) et reste souvent confinée dans des lieux exclusifs : studios ou belles scènes  (mais alors on va souvent les louer pour l’occasion) et habitations pour le plaisir de la pratique (la richesse harmonique d’un instrument ancien étant incomparable, l’oreille et le jeu progressent alors de concert). Lorsqu’il s’agira de passer à l’amplification-trahison, on choisir alors une bonne doublure. En effet, qui oserait encore y creuser des trous sachant que de telles opérations peuvent amputer la valeur de notre instrument parfois de plusieurs milliers d’euros ?

Fragiles, ces guitares le sont parfois au quotidien lorsqu’elles ont encore réussi à échapper à l’opération du reset neck. La mienne, qui n’est pas si vieille que ça (78′), a vu la hauteur de ses cordes prendre presque 2 mm après un simple changement de cordes.On rabote le sillet une fois de plus (il n’en reste plus trop) et on met du 12-54 plutôt que de 13-56…

Norman Blake

Autre inconvénient révélé dans un entretien de Norman Blake  (il a joué – entre autres – toutes les guitares acoustiques de Johnny Cash depuis les années 60) au magazine U.S Vintage Guitar, les frettes de certains modèles ne respectent pas toujours le diapason et on peut trouver sur certains instruments (guitare, mandolines) des écart de justesse assez importants. A tel point que notre homme a fait remplacer les barrettes au « bon endroit » sur certains modèles de sa collection ! Je le cite :

« Some of the frets are right and some aren’t…but usually you’ll find the 12th fret is sharp on most old Gibson guitars. The five is usually off. Then there’s some in the middle that’s about right. But above the 12th fret, anything can happen. »

Sur certaines mandolines Gibson très recherchées (Snakehead) des années 20, il affirme que la seconde frette est carrément à replacer et que l’erreur s’est même perpétué chez les premiers luthiers qui ont copiés ces instruments !

Cas d’école

Chris Eldridge en action avec sa fameuse D-28. il racontait au magazine Fretboard Journal sa rencontre avec l’instrument en ces termes :  « Getting to spend this much time with this instrument has really changed the way I approach my playing. It’s taught me things. »

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Il semble désormais que notre homme ait trouvé son propre instrument avec cette D-28 de 1939 achetée à un collectionneur japonais. Là encore on parle d’un instrument de type « player guitar« et non d’une guitare en état de collection : frettes, verni, mécaniques et chevalet ne sont pas d’origine.

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Sans doute une des guitares vintages les plus célèbres (avec la luxueuse OM-45 d’Eric Clapton) : la D-28 de 1934 ayant appartenu à Clarence White (qui ne s’en servait qu’en rythmique) et à Tony Rice.

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La valeur intrinsèque (son état d’origine si vous préférez) de cet instrument a été quelque peu malmenée au cours des années : la rosace a été sensiblement agrandie (sans incidence sur le son selon Tony Rice) et la touche a été enlevée (elle n’y était déjà plus quand le père de Clarence la convoitait pour son fils) pour y recevoir une touche Gretsch au diapason légèrement plus court. Cette dernière caractéristique n’a d’ailleurs jamais dérangé Tony Rice qui s’y connait sur le sujet. Mike Marshall raconte à cet égard une anecdote saisissante à ce propos dans le magazine américain Acoustic Guitar. Alors qu’il était en tournée avec lui à l’époque du Quintet de David Grisman, il lui demanda de lui choisir une bonne Martin (vintage bien sûr) dans un magasin. Notre homme ne s’est pas fait prier et n’a même pas sorti les guitares de leur emplacement. Il s’est contenté de jouer les cordes de Ré et Sol à vide pour déclarer au terme d’un examen portant sur plusieurs instruments : « celle-ci[une D-28 de 1966 dont il a ensuite poncé la manche pour le faire ressembler à un V vintage] est une bonne guitare ». Et Mike Marshall de s’écrier : « Et c’est qu’il avait bien raison le bougre ! » Pour finir sur les modifications opérées sur cet instrument légendaire, la plaque en véritable écaille de tortue a été offerte par un fan japonais et les frettes sont changées en moyenne tous les 4 ans.Pour finir, la guitare a même été sauvée d’un ouragan en Floride à la suite duquel Tony Rice l’a retrouvée (dans son étui) en train de flotter dans son salon ! Il a ensuite fallu plusieurs mois de séchage pour l’instrument ses propriétés initiales. Bref, comme pour la Gibson F5 de Bill Monroe, c’est bien la valeur sentimentale qui importe ici et dans ce domaine les cotes ne sont plus du ressort des simples mortels…

Je cite pour finir le post de Michel WALIGORA sur un site spécialisé dans lequel il raconte comment Tony Rice s’est procuré l’instrument au milieu des années 70 :

«  Un an et demi après la mort de Clarence White en 1973, Tony Rice se mit à la recherche de la Martin D28 #58957. Il commença par téléphoner à tous les magasins vendant de l’alcool à Pasadena, demandant Joe Miller (celui à qui Clarence avait donné l’instrument au début des années 60). Chanceux, il le trouva, pu établir un contact, expliqua les relations qui le liaient à Clarence White et surprise, Miller accepta de lui vendre l’instrument. Mais, avant de la lui céder, il devait déterminer un prix de vente et fit appel à un luthier spécialisé dans les violons pour pratiquer une expertise. Tony Rice rapporte qu’il s’attendait à un montant de 5000$, ce qui était dans ses cordes, le moins que l’on puisse dire pour l’achat d’une guitare. 
Le luthier dit à Miller que si l’instrument était en bon état, il vaudrait 1000$ mais qu’en l’état, il ne valait que 500 à 600$. Joe coupa la poire en deux et Tony Rice l’obtint pour 550$. Dans l’heure qui suivit, il était dans l’avion pour Los Angeles, c’était le 5 Mars 1975. Lorsque Tony récupéra la guitare, elle était devenue une épave. Il la porta à Randy Wood qui refit la jonction talon-caisse, changea le chevalet, le renfort de chevalet ainsi que les barrettes. La troisième mécanique n’est pas d’origine et l’élargissement de la bouche est antérieur à l’achat de la guitare par la famille White. Lors d’une expertise chez Martin il apparut que le dos et les éclisses auraient pu provenir d’autres instruments. »

Forum benoit-de-bretagne

Autre amateur éclairé de vieilles guitares, Peter Rowan à propos de sa D-18 de 1937 (une année magique pour Martin décidément) ayant également au guitariste Charles Sawtelle :

« The good stuff was from these old trees and that’s why a lot of those guitars sound great. The trees were 300-500 years old to begin with. There hasn’t been any Adirondeck Spruce since the war because it was all cut down for parts for planes and for the war effort for World War II […] There’s an immediacy of the sound that’s not quite there on some others. When I play that D-18, I pick it up and, it’s the perfect bluegrass guitar, but when I pick it up and strike a chord on it, I feel like it’s touching, in the size and the shape and the big, fat sound and everything, it’s touching the roots of country music in a way […] The Gibsons didn’t ring that much. They strummed good. Gibsons have a great strumming sound. But for crispness and clarity , the Martins have always had a kind of an edge, I think.  »

Conclusion

J’ai  surtout évoqué le cas des Martin vintage dans cet article mais la réflexion vaut pour l’ensemble des marques de qualités faites jusque dans les années 70 (ma Levin W-36 date de 1978). Il s’agit ensuite d’une affaire de goût et d’opportunités…les Gibson sont plus fréquentes et moins chères (car produites à plus d’exemplaires) que les Martin qui restent l’apanage d’une élite éclairée. Ces dernières sont fréquemment associées au son de la Country, du Bluegrass et du Folk pour leurs basses puissantes et leurs aigus cristallins alors que les premières, au son également puissant mais plus « sale », sont plutôt représentées dans le blues et le rock. Deux écoles en quelques sortes mais aussi deux budgets à l’époque. Norman Blake affirme ainsi que dans son enfance (années 40-50), il n’a jamais vu une Martin (mais des Gibson par contre oui). Il a dû attendre l’âge adulte pour rattraper son retard et se constituer une belle collection en provenance de la firme de Pennsylvanie !

Finissons sur un des arguments employés par Gibson dans une de ses publicités des années 70, lorsque la firme a vu s’envoler les prix de ses instruments construits avant la Seconde Guerre mondiale.

Gibson Ad

Pour Martin employait des arguments différents à la même époque

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7 Commentaires

  1. merci pour toutes les belle informations tres riche.. j ai quelque guitare vintage,mais celle dont je n ai pas beaucoup d info c est la PRO-MARTIN model w250n …en avez vous merci sylvie

    • Arnaud

      Les Pro Martin étaient des guitares japonaise des années 70. Elles reprenaient le standard mis au point au début du XXème siècle par Martin & Co (USA). La firme (ou plutôt son importateur) fut même poursuivie aux Etats-Unis par Martin en raison de l’usage de nom de la marque et de finitions attachés à celle-ci.On trouve logiquement assez peu outre-atlantique, et ce à l’inverse de l’Europe et l’Asie. Pas grand chose dans leur construction ne les rapproche de la mythique marque américaine car ces instruments sont le plus souvent construits en bois plaqués, lesquels sont le plus souvent de très bonne qualité. Ces guitares ont une bonne projection mais manquent parfois de définition et de complexité harmonique par rapport aux guitares toutes massives. Il existait alors des dizaines de marques (Yamaki, Suzuki, Hondo…) qui sortaient le plus souvent des mêmes ateliers et arboraient leur nom en fonction de l’importateur ou de la région dans laquelle elles étaient destinées à être vendues. Le même phénomène concernait les guitares électriques.

  2. Didier

    Bonjour et merci pour cette lecture enrichissante. une question concernant ces guitares vintage, est ce que les « Framus » peuvent entrer dans cette catégorie comme guitare concurrentes des mythiques américaines.

    Merci par avance pour votre retour.

    Didier

    • Arnaud

      Avec une production véritablement industrielle dans l’après-guerre, laquelle dépassant largement celle des Martin et Gibson réunis, les guitares allemandes Framus resteront des guitares populaires comme l’étaient les Harmony et autres Kay outre-atlantique. De bonne facture, elles ne sauraient toutefois rivaliser avec leurs deux cousines américaines. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les cotes actuelles de ces dernières et force est alors de constater qu’à part quelques archtop (Hoyer, Hofner…), les guitares allemandes de cette époque sont très loin d’atteindre ces prix. Elles restent souvent d’excellentes affaires pour celui qui veut faire ses premiers pas dans le marché vintage. Les modèles électriques présentent d’ailleurs des micros d’excellente facture avec une sonorité qui leur est propre.Pour les acoustiques par contre, il ne faudra pas s’attendre à des miracles.Ces instruments sont souvent construits comme des chars d’assaut !

  3. Peignot

    Je possède une pro Martin W-170 de 1976.
    Elle comporte un « trou »dans la caisse et je me demande s’il cela vaut le coup de la réparer. Je trouve qu’elle a un très bon son.
    Qu’en pensez-vous

    • Arnaud

      Sans photo il est difficile de vous répondre, mais généralement un trou (passage de fil, de prise jack)ça se rebouche sans y laisser des centaines d’euros.

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