Mathieu Boogaerts au Hangar (Ivry/Seine) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Mathieu Boogaerts au Hangar (Ivry/Seine)

L’homme s’est présenté à son public équipé d’une  guitare électrique et d’un set minimaliste. L’esprit de ce dernier pourrait se résumer dans le choix d’un ampli à peine plus haut qu’un paquet de céréales. On aurait cru reconnaître le prototype du guitariste habitué à jouer dans les cafés-concerts parisiens et obligé d’alléger son équipement pour pouvoir franchir les barrières du métro !
C’est sur une scène également dépouillée de de tout artifice qu’a évolué l’artiste qui s’est contenté de passer d’une lumière à une autre au cours de sa prestation (les « couleurs 1, 2 ou 3 » demandées à la régie).

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Un clavier (toujours celui de la salle dans laquelle il joue) a été utilisé lors du concert pour quelques titres mais c’est bien la six-cordes qui a été la reine de la soirée.

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Il était d’ailleurs étonnant de voir à quel point cet instrument « colle » à la personnalité de notre homme qui la malaxe et la triture de manière assez charnelle. En comparaison, son jeu au piano semblait plus convenu…

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Le capodastre semble avoir une double fonction dans le jeu de Mathieu Boogaerts : il permet de changer de tonalité mais aussi de plaquer les cordes sur le manche pour pouvoir faciliter les barrés lorsqu’il ne joue pas de cordes à vide. C’est l’emplacement parfois approximatif de l’objet (pile entre deux frettes) qui me laisse le penser.

Il est en tout cas certain que notre homme est un conteur qui ne rechigne pas à nous détailler certains aspects pratiques de son récital.

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L’instrument

La guitare utilisée lors du concert (et de bien d’autres) était une Fender Custom Telecaster. Cette appellation pourrait sembler inhabituelle aux connaisseurs mais en réalité le nom de Fender Telecaster Custom correspond à un modèle bien différent fabriqué par Fender à partir de 1959. Le modèle utilisé par Mathieu Boogaerts  à été créé en 1970 et fabriqué jusqu’en 1982. Il a été repris depuis les années 90 à travers plusieurs modèles « reissue ».

La guitare date de la seconde moitié des années 70 comme l’indique le numéro de série intégré au decal placé sur la tête. Jusqu’en 1976, ce numéro était gravée sur la plaque métallique de fixation du manche au corps de la guitare.A partir de cette date, une nouvelle numérotation apparaît chez Fender. Elle est composée d’une lettre suivie de 6 chiffre. Signalons pour finir un détail souvent négligé : ce numéro était repris sur un autocollant fixé sous le plaque de protection. Combien de guitares ont réussi à conserver leur exemplaire d’origine depuis cette époque ?

L’autre élément facilement identifiable est l’emplacement de la vis de réglage du truss rod. Cette pièce métallique qui dépassait de la tête a été surnommée « bullet » en raison de sa forme en ogive. Ce procédé appelé Tilt Neck équipait les Stratocaster et certains modèles de Telecaster comme celui dont il est question dans cet article. Il allait de pair avec une plaque de fixation à trois vis souvent décriée par les puristes pour son manque de solidité dans le temps. Le système fut finalement abandonné en 1981.

Jusqu’en 1971 , la vis du truss rod  était accessible à la base du manche sur les modèles « réguliers » de Telecaster.

Le dernier élément d’identification est la présence des deux guides-cordes sur la tête. Un second a été ajouté pour les cordes de Ré et Sol à partir de 1972.

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La Telecaster Custom (2nde génération) utilisée par Mathieu Boogaerts

Au regard de la couleur du manche, on peut affirmer que ce dernier a été reverni et sans doute équipé de nouvelles frettes. En effet, les vernis utilisés à l’époque sur les manches prenaient une teinte assez foncée, genre motte de beurre bien mûre…Ce n’était pas surprenant pour une guitare de cet âge et qui est jouée de manière professionnelle.

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Une Telecaster « regular » de 1978 que je possédais jusqu’à l’année dernière (sillet pas d’origine)

La particularité de cette guitare est la présence d’un micro de type humbucker généralement associé à la marque concurrente Gibson. Avec l’apparition de nouveaux courants musicaux réclamant plus de puissance et de saturation, beaucoup de guitaristes évoluant sur des Telecaster ou des Stratocaster ont franchi le pas et ont équipé leur guitare de ce type de micro.Beaucoup de ces instruments sont ainsi passés du statut de « collector guitar« à celui de « player guitar« . C’est souvent dans cette catégorie que l’on fait les meilleures affaires ! L’instrument utilisé par Mathieu Boogaerts ne fait pas partie de cette catégorie puisqu’il a été conçu par Fender pour abriter un micro double bobinage, qui plus est fabriqué par la firme californienne. Fender avait déjà fabriqué ce type de micro au cours des années 50 mais n’en aimait pas trop les sonorités trop graves. A partir du moment où la mode changea, Fender dû adapter sa production.

Il fallait tout d’abord agrandir une des cavités abritant jusque-là un micro simple bobinage et surtout concevoir un micro pouvant se démarquer du son associé à Gibson, lequel critiquait souvent Fender pour la pauvreté des bois utilisés, transformant ses instruments en « planche à micro » (l’expression est de Stéphane Beaussart de Hepcat), là où la firme du Michigan fabriquait des micros seulement pour mettre en valeur les essences nobles qu’elle utilisait (acajou, érable…). Ce n’est donc pas un hasard si Fender s’attacha les services de l’ingénieur qui avait auparavant travaillé chez Gibson à la naissance du humbucker en1957 (les fameux P.A.F).  Le micro « Wide Range » créé pour Fender par Seth Lover est devenu une véritable légende chez les fans de la marque. Sa conception est novatrice sur bien des plans et surtout il n’a jamais été possible (rentable ?) de le construire à nouveau avec les matériaux utilisés à l’époque. Le problème concerne notamment la composition des aimants (apparents) fabriqués en alliage Cunife. L’idée retenue par Seth Lover était de donner à ce micro un son plus clair et des fréquences de résonance plus élevées ; c’est-à-dire le son associé à Fender pour ses simples-bobinages. L’objet provoque encore des discussions passionnées sur les forums spécialisés et certains fabricants proposent des rééditions plus ou moins fidèles alors que Fender n’a repris que l’aspect esthétique pour ses modèles reissue. C’est sur ce micro qu’a joué Mathieu presque exclusivement pendant le concert.

L’équipement

Le petit ampli utilisé lors du concert était le Roland Micro Cube qui annonce une puissance de 2 W. Mathieu Boogaerts s’en servait comme retour (en plus des enceintes de retour du Hangar) et faisait passer le son en direct vers la sonorisation de la salle depuis une sortie « rec out » via un jack (le bleu) au dos de l’ampli.

Site Roland

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En plus des réglages traditionnels,  cet ampli propose des presets et des effets numériques qui le destinent souvent à une pratique en appartement, façon couteau-suisse. Mathieu est passé à plusieurs reprises de sons clairs à des sons plus ou moins chargés en effets (delay assez long sur les premiers titres) ou en légère saturation.

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Le potard isolé visible sur l’ampli lors du concert est en réalité un bouton en plastique coiffant un des potentiomètre de la guitare et qui s’est décroché pendant la prestation.

J’ai été étonné par l’utilisation d’un micro de surface sur lequel tapait Mathieu afin de simuler la grosse caisse d’une batterie. Il en est sur lesquels on hésite un peu à taper dessus, même gentiment. Les musiciens de blues et de folk utilisent parfois des effets similaires qui rappellent le bruit de la botte sur le plancher en bois du front porch ou de la grange…

Dernier élément sonore, l’utilisation d’une pédale Boss Octaver OC 3  permettant de descendre d’un ou plusieurs octaves les notes jouées. Le premier modèle anaolgique sorti dans les années 80 ne permettait de jouer que des notes simples (écoutez donc Philip Catherine avec Chet Baker). La technologie numérique permet maintenant de jouer des accords entiers.

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Les  5 et 12 juin prochains, Mathieu Boogaerts sera à la Java, accompagné de Zaf Zapha à la basse et Fabrice Moreau à la batterie.

 

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