Mandoline Brentrup A5 | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Mandoline Brentrup A5

Originaire du Minessota, Hans Brentrup s’inscrit dans un groupe de luthiers américains spécialisés dans la construction de mandolines : Ellis, Dudenbostel, Gilchrist (Australie), Monteleone, Nugget, Kimble…Certains d’entre eux ont une production encore plus confidentielle que notre homme…et donc bien plus chère !

On peut également citer des luthiers européens qui ont investi le marché depuis quelques années : Capek en République tchèque, Giacomel en Italie ou bien encore l’atypique  André Sakellarides en France. Ce dernier est un de ceux qui a poussé le plus loin l’analogie avec le violon dans ses réalisation pour le Melonius Quartet formé par  Patrick Vaillant.

Une mandoline américaine et un instrument de luthier

La mandoline présentée est issue d’une tradition déjà évoquée dans un précédent article. Ce n’est pas le cas de tous les instruments fabriqués par Hans Brentrup depuis 1998. Dans tous les cas, les méthodes employées sont encore traditionnelles : pas de production en lots (tout au plus 4 ou 5 manches faits en même temps), pas de machines automatisée de type CNC. Ce n’est pas en soi un gage de qualité mais c’est toujours utile de le savoir. La faible production de Brentrup tient peut-être à ces raisons. ll a ainsi fabriqué une centaine d’instruments pour la période 1998-2005 et il fallait alors compter une année d’attente pour un modèle à volutes de type F. Son parcours en autodidacte est assez représentatif des luthiers de cette génération. Il ainsi pu se familiariser avec de nombreux instruments en travaillant comme réparateur pour une boutique de Minneapolis. Ce fut aussi le cas pour le luthier John Monteleone qui travailla un temps pour la célèbre boutique Mandolin Bros (New York) avant de fabriquer ses propres instruments.

Les éléments caractéristiques

Le plus facilement visible sur cette mandoline est la plaque de protection (concept inventé par Gibson) sculptée dans du palissandre. Il prolonge la touche elle -aussi surélevée (autre innovation Gibson) qui a pour but de laisser vibrer la table d’harmonie plus librement que si elle était collée sur cette dernière. Le principe vaut également pour la plaque de protection. La touche se prolonge ainsi sans frettes car elle est peut être utilisée lors de certains passages du jeu au médiator qui viendra s’appuyer dessus.

Le verni est également caractéristique. Il est très fin et donc assez fragile. On pourrait presque le comparer aux vernis utilisés pour les violons. C’est bon signe car un instrument donne son rendement maximum lorsqu’il est « en blanc ». Plus le verni est léger, meilleurs sera la sonorité pourrait-on dire…Mais il faut quand même bien protéger le bois des agressions du jeu ou du temps ! Quant à la couleur transmise par le verni (le bois n’est jamais teinté en lutherie), c’est affaire de goût. En ce qui concerne celui-ci on pourrait parler d’un sunburst discret, c’est-à-dire assez sombre, exactement comme pouvaient l’être ceux de Lloyd Loar. Il ne demande qu’à s’allumer sous une bonne lumière ! On est loin du vernis des fabricants industriels pour lesquels ce dernier sert avant tout à briller comme une patinoire et à protéger le plus possible des rayures faites pendant le transport ou lors des essais dans le magasin. Les plus avertis noteront sur la photo que la finesse du vernis a été rogné en partie sous le chevalet.

Les filets sont en imitation d’écaille de tortue. Là encore, l’harmonie avec le reste me semble respecté. Cela évite de choisir entre des filets blancs immaculés et des filets neufs faussement jaunis pour imiter le passage du temps ? Mes préférés restent quand même ceux réalisés en bois.

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En plus des mécaniques, deux accessoires ne sont pas construits par Brentrup : le chevalet (fabriqué par Randy Wood) et le cordier de type « James« . Il s’ouvre et évite de faire coulisser une plaque de métal lors du changement des cordes comme le voulait le système crée par Gibson. Il est gravé au nom du luthier.

La fragilité du vernis peut-être observé dans le placage situé au dos de la tête (comme sur les Loar). Il se termine en pointe et rejoint le manche. J’ai d’abord cru à une fracture de tête réparé avec l’ajout d’une nouvelle pièce  de bois. Cette zone est très sollicitée lors du jeu mais aussi lorsque le musicien pose l’instrument sur un support. Certains plastiques peuvent alors entrer en réaction avec le vernis et « brûler » ce dernier. Cela donne des traces définitives ou bien provoque la disparition de certaines couches du vernis. C’est probablement ce qui s’est passé sur mon exemplaire.

Le son du bluegrass et plus encore

Une autre particularité de Brentrup me semble être la variété des essences employées pour satisfaire les styles joués par ses clients. Dans le cas de ma mandoline, il s’agissait d’obtenir un son bluegrass. Un autre style souvent pratiqué sur les mandolines américaines est le jazz acoustique. Une précision s’impose toutefois : il s’agira toujours d’employer de l’érable/sycomore (mapple) pour le fond, les éclisses et le manche ainsi que de l’épicéa (spruce) pour la table. On retrouve bien la correspondance avec le violon classique. Quelles espèces d’érable et d’épicéa sont employés pour ces mandolines ?

Depuis le standard établi par Gibson mais aussi pour des raisons économiques, les bois employés pour une mandoline de type bluegrass sont le plus souvent américains : épicéa des Adirondack (red spruce) et érable à sucre (sugar mapple). Pour ce dernier, il faut faire la différence entre son espèce et les motifs (flammé, moucheté…), témoignant de son existence passée. Le red spruce est réputé pour sa capacité à supporter de fortes tensions. Cette qualité acoustique donne en jouant le fameux « chop » bluegrass : un rythme percussif à la fois sec et résonnant pouvant donner le rythme (drive) d’un orchestre composé d’instruments à cordes. C’est le type de qualités paradoxales que l’on pourrait aussi bien rechercher dans une caisse claire de batterie. Un accord joué en « chop » est souvent le premier motif joué par le musicien de bluegrass (ou celui qui prétend le devenir) quand il essaie un instrument.

Le musicien de jazz recherchera d’autres qualités sonores comme une tenue de note plus longue (sustain) et davantage de richesse harmonique lorsqu’il plaquera des accords. Cette Brentrup permet aussi de s’y atteler mais pour que le résultat soit optimal, lors d’une commande par exemple, il faudrait penser à un épicéa plus tendre du type Englemann par exemple. De toutes les manières, rien ne vaut sur le sujet les recommandations d’un luthier expérimenté. Notre épicéa national, celui du Jura, représente à cet égard un excellent compromis. Après tout, c’est  un produit du terroir comme peut l’être celui des Adirondack pour les Américains.

Les sonorités associées  différentes espèces d’épicéas sont bien connues des amateurs de beaux instruments connaisseurs. Je n’en dirais pas autant sur les érables. Je me contenterai d’exposer ici quelques observations personnelles. Si on l’écoute associé à guitare à cordes acier de type flat top, on est d’abord surpris par sa projection et sa grande clarté. Cela « claque » en quelque sorte. Et puis on commence à trouver les cordes basses un peu faiblardes en comparaison des aigus riches et longs. Une discussion avec Romuald Provost sur le sujet m’a fait réaliser que c’est bien l’érable qui était en cause : il ne donne pas des basses faibles mais il accentue la résonance des cordes aigües en y ajoutant du sustain. C’était une expérience surprenante qui renversait le schéma habituel que l’on a l’habitude d’entendre sur les bonnes guitares faites en acajou ou en palissandre :  des basses profondes et puissantes associées à des aigus un peu en retrait. Il est difficile d’établir une comparaison pour les guitare de type archtop de qualité car elles sont le plus souvent (toujours ?) construites en érable.

Selon son revendeur européen,  Hans Brentrup a cessé la fabrication de ses mandolines depuis quelques années.  De quoi faire augmenter la cote de ses instruments ?

Galerie photo Brentrup de type Gibson A5

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3 Commentaires

  1. Les photos sont vraiment très sympa ! Ça donne envie de caresser l’instrument, de le jouer !

  2. Fredrich

    Bravo & Merci 🙂

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