Levin W 36 (1976) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Levin W 36 (1976)

Disparue en 1979, la firme suédoise Levin (Goya pour les modèles exportés aux Etats-Unis) basée à  Göteborg était surtout célèbre pour ses modèles archtop appelés De Luxe ou Royal . Quelques instruments de ce type ont franchi l’Atlantique, rivalisant ainsi avec les modèles américains.

 John Lee Hooker au travail sur une Goya du début des années 60.

John Lee Hooker Goya

Southern Folklife Collection

On en retrouve même une dans les mains de Django lors de son passage aux Etats-Unis en 1946. Le modèle appartenait à au  guitariste de Duke Ellington Fred Guy. Il est actuellement présenté dans une exposition. Les guitares Levin à table plate (flat top) copiées sur le standard établi par Martin valent également le détour. Les publicités des années 70 associaient fièrement les deux groupes depuis le rachat par Martin en 1973. Levin était devenue « a part of the Martin organisation » comme l’indiquait une petite mention rajoutée en haut de l’étiquette collée à l’intérieur des  instruments. Les derniers « labels » montraient une présence encore plus affirmée de Martin dont le nom était inscrit en caractères encore plus grands que ceux de Levin. A ce propos, une légende tenace voudrait que Martin ait racheté l’entreprise suédoise en 1973 pour mettre la main sur des stocks de bois précieux (acajou, épicéas) à une époque où les premières restrictions internationales commençaient à sévir. Cette théorie ne tient pas vraiment au vu de la destinée dudit stock qui a mis plusieurs années à être écoulé aux enchères après la faillite de Levin. L’historien de la marque Mike Longworth affirme même que de toutes les acquisitions réalisée par Martin, celle-ci fut la plus désastreuse sur le plan financier, notamment à cause de l’ignorance des lois suédoises sur l’indemnisation des salariés licenciés. Il semble aussi qu’un lot d’environ 200 D-18 estampillées Martin fut réalisé à la fin des années 70 par la firme suédoise sous la référence LD-18. Ces guitares arboraient tous les signes distinctifs de la marque de Nazareth avec toutefois la mention « Göteborg – Made in Sweden« .

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Levin et les guitare flat top

L’exemplaire présenté ici est un de ceux qui se trouvent le plus fréquemment en Europe. C’est la partie septentrionale du vieux continent (Suède, Allemagne) qui semble abriter la grande majorité des modèles existants. Nous sommes en présence d’une copie exacte de Martin de D-18.Le modèle supérieur W-32 possédait une table en épicéa de qualité supérieure (séchage plus long) et une finition plus riche notamment sur les repères de la touche qui était cette fois-ci en ébène. Levin pouvait aussi fabriquer des modèles aux formes originales ou inspirées d’autres marques comme la forme de la tête des Gibson, des  gros modèles 12 cases hors caisse ou bien encore des petits formats de type parlor. L’association avec Martin a peut-être standardisé la gamme vers des Dreadnought strictes mais les copies avaient commencé avant cette union et l’entreprise n’avait pas grand chose à apprendre dans ce domaine : à la fin du XIXème siècle, le fondateur et son fils ont ainsi travaillé aux Etats-Unis dans la facture d’instruments avant de retourner en Suède et développer leur entreprise à partir de 1900.

Le palissandre ne semble pas être employé par Levin, à l’exception des touches. Ce bois donne dans ce domaine de biens meilleurs résultats acoustique que l’ébène pourtant privilégié par le public sur les guitare de qualité. Je connais même des luthiers qui teintent certaines pièces en palissandre façon ébène pour leurs chevalets de guitares jazz afin de rassurer leur client quant à la valeur ajoutée de leur précieux  instrument. Il est vrai que ce dernier bois est plus résistant dans le temps. Mais que dire de ses qualités acoustiques et de sa rareté actuelle provoquant une bien triste contrebande ?

Les éléments distinctifs

Le dessin de la tête et le logo de la marque sont des éléments qui permettent de se différencier ou de rappeler au client une marque dont on veut s’inspirer. Pour Levin, ce sera une tête fermée arrondie et un placage de bois plus clair qui nous éloignent de l’austérité affichée par la firme Martin. On retrouve cette forme de tête sur les archtop des années 50 et 60. Quant à la la tête tranchante caractéristique des modèles Jazz les plus recherchés doit dater des années 40 et du début des années 50. On retrouve cette forme dans les guitares fabriquées par Levin sous la marque Goya.

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Au cours des années 70 le modèle a subi plusieurs modifications. Les plus importantes se situent au niveau du chevalet/sillet qui a longtemps été séparé en 6 parties correspondant aux 6 orifices accueillant les chevilles permettant de fixer les cordes. La fin de la période marque un retour à la tradition.Les mécaniques ont longtemps été des modèles  plus courants de type Schaller.  Les miennes sont les modèles historiques des modèles flat top de la marque et n’ont rien à envier à des Waverly de la belle époque.

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Le profil du manche en acajou est assez inhabituel pour ce type de guitare. On est loin des manches ronds de chez Gibson ou des  forme en V popularisé notamment par Martin. Il s’agit donc d’un manche très fin qui se laisse facilement oublier. Ce n’était pas le type de manche que j’affectionne mais le reste a achevé de me convaincre.

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Autre particularité observée après l’achat:  la présence d’une cale de bois sous la touche collée à la caisse. Il pourrait s’agir d’un reset neck mais c’est peu probable d’après le parcours de la guitare et l’état dans lequel je l’ai acquise.  S’agit-il alors d’une méthode de fabrication propre à Levin ? Cette photo d’une W 32 le laisse penser.

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Les multiples fissures (« cracks« ) présents sur les éclisses notamment m’ont assuré que la guitare était faite entièrement de bois massifs. La finesse des bois expliquerait  certains problèmes. Une guitare se vend mieux quand elle sonne dès l’achat. Derrière cette banalité se cache parfois le signe d’une certaine fragilité pour les années à venir; un instrument construit en bois massifs ayant besoin de s’ouvrir au cours des premières années de son existence. La guitare a aussi été malmenée au cours des années : chocs, défauts d’entretien et surtout manque de respect des conditions d’hygrométrie. Les deux cracks présents sur la table sont à cet égard exemplaires.  Le premier part de la base pour arrêter sa course sous le chevalet. Mais c’est surtout le second qui me semble caractéristique de ce dernier problème. Il s’agit de la jonction des deux feuilles d’épicéa formant la table (« center seam »). C’est la partie la plus sensible aux variations d’humidité dans l’air. L’hiver par exemple amène la table à sécher de manière brutale et les deux parties s’écartent alors de quelques dixièmes de millimètres.  C’est probablement ce qui s’est passé pour cette Levin. A l’inverse, dans des conditions plus tropicales, le bois se charge d’eau et les éléments tendent alors à se décoller.

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Le chevalet commençait aussi à se décoller sur la partie arrière qui voit les cordes soulever la table au cours des années . Il a été recollé, évitant pour le moment un reset neck coûteux (env. 800 euros).

Ci-dessus un exemple de chevalet expérimenté par Levin dans les années 70.

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Les filets quant à eux n’ont pas bougé. Le coût des réparations (env. 500 euros)le valait largement au regard des qualités intrinsèques de l’instrument. Il faut avoir joué sur des modèles vintage ressemblant parfois à des épaves pour savoir comment envisager les réparations ultérieures et quelles sont celles qui joueront sur le son ou non. Quand à la décote inévitable, on ne peut pas dire qu’il concerne ce type de guitare encore peu recherchées.

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Le luthier parisien Romuald Provost m’a conseillé les meilleures options et a ensuite travaillé sur l’instrument avec son sérieux habituel.

Le son

Pendant longtemps le slogan de la marque Levin était « le son du bois». C’est bien la raison pour laquelle j’affectionne cette guitare. Je m’en expliquerait ainsi : le choix de l’acajou donne une tonalité médium à cette guitare ainsi qu’une certaine sécheresse dans le son. On est ici loin du son riche et gras des guitares en palissandre. C’est bien cette caractéristique qui me plait. Pour un  enregistrement comme celui-ci les notes ressortent facilement et les basses souvent tournantes n’ont pas (trop) besoin d’être corrigées par la suite. Pour les aigus, c’est un son fin et cristallin sans trop de sustain comme pourraient le donner l’érable ou le palissandre même si ce dernier bois joue surtout sur les fréquences basses. En résumé, une guitare qui ressort bien au mixage et qui donne cette sonorité bluegrass que j’affectionne. En terme de projection, la Levin serait plutôt intimiste au regard de certaines Dreadnought tendues à l’extrême. Comme beaucoup de ses consoeurs, elle préfère un tirant minimum de 12-54 pour s’exprimer au mieux. De même, comme me l’avait dit un ancien responsable de la boutique Oldies Guitars à Paris, les cordes à mesure qu’elle s’usent font ressortir le son des bois composant l’instrument. Cette remarque vaut pour toutes les bonnes guitares. Il est aussi probable que les réparations aient pu brider son énergie pour quelque temps…

Cette Levin est un instrument qui a eu un parcours parfois chaotique au cours des années et à propos de laquelle je ne sais toujours pas si elle a subi des réparations antérieure aux miennes. La bridge plate me semble à ce sujet en très bon état pour une guitare qui a été beaucoup jouée. Cela montrerait en tout cas que la qualité sonore justifiait  déjà ce type d’investissement. En résumé, un son de D-18 typique et très boisé avec un volume sonore général légèrement en retrait mais il s’agit ici d’une question de goût puisque les guitares très puissante ont aussi des défauts que la Levin ne possède pas (manque de rondeur, d’équilibre…). Par dessus tout, cette guitare à la patine vintage, ce type de son qui ne s’obtient qu’avec le temps et le jeu.

Il serait donc bien injuste de s’intéresser à ces guitares pour bénéficier de l’aura de Martin. Ces instruments possèdent une originalité propre et on est ici loin d’une marque franchisée qui « fabriquerait pour intel ou intel » comme ce fut le cas par exemple pour les MartinSaga des années 80. Il suffit d’aller visiter le musée en ligne monté par un fan scandinave de la marque pour s’en convaincre.

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2 Commentaires

  1. Hervé Oudet

    salut Arnaud, que penses-tu des mandolines Levin, il y en a une sur le BC en ce moment…

    bonne journée

    • Arnaud

      Il y en a aussi sur mandolin cafe de temps en temps. Méfiance avec les tables plates dont les barrages ne tiennent pas toujours…Celle du bon coin ne me paraît pas en bon état. Dans tous les cas ça reste de petits instruments qui n’ont pas grand chose à voir avec les archtop ou certaines Folk de la marque.

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