Hispshot String Bender | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Hispshot String Bender

Cela faisait longtemps que j’en rêvais.Depuis l’écoute de Clarence White avec les Byrds et ensuite à l’écoute de ses premiers essais en tant que soliste avec le groupe Nashville West.

Passé le son (à décorner un boeuf ) de sa Telecaster, on croit d’abord qu’il tord régulièrement avec sa main droite  la corde de Si au bout du manche, entre le sillet de tête et la mécanique. Et puis on s’aperçoit que c’est beaucoup plus compliqué que ça. Nombreux néanmoins  sont ceux qui jouaient de cet effet simple à réaliser : Jimi Hendrix (sur la corde de Sol surtout), Roy Buchanan, Danny Gatton et j’en passe

Une pedal steel dans ma guitare

L’idée était de pouvoir émuler le son de la pedal steel.

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Cet instrument pionnier de l’électrification se distingue du lap steel (hawaïen ou non) par la présence de pédales individuelles pour certaines cordes. On peut alors trouver des instruments comportant jusqu’à trois manches et 19 pédales. Imaginez l’effet que pouvait produire sur l’audience un type sapé en Western, chaussé de bottes (dont les parties métalliques brillaient sous les projecteurs) et s’affairant à son instrument tel un tsigane possédé sur son cymbalum ! Ce serait un peu comme si une étoile scintillante était descendue sur terre et délivrait un son tout droit sorti de la voûte céleste. Seuls les vrais fans sauront de quoi je parle.

Les maîtres de l’instrument ne sont pas tant légion que ça et je mentionnerai mes deux préférés. Vance Terry tout d’abord. Ne vous fiez pas à sa tête de vendeur d’aspirateurs. C’est le grand technicien de l’instrument. Il figure sur un album mythique des fans de l’instrument en accompagnateur de Jimmie Rivers.  Il avait joué auparavant dans l’orchestre du Billy Jack Wills, le frère méconnu de Bob Wills, la référence dans le genre western swing. Il a aussi joué dans l’orchestre de ce dernier au début des années 50 aux côtés du grand mandoliniste (électrique à 5 cordes) Tiny Moore.

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Buddy Emmons, est quant à lui célèbre pour avoir introduit l’instrument dans un contexte jazz, notamment avec le regretté Danny Gaton à l’époque où celui-ci manipulait une Gibson Les Paul largement modifiée (boitier d’effet intégré à la guitare, plusieurs sorties dont une pour l’effet Leslie) au sein du mythique Redneck Jazz Explosion.

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Pour finir sur cet instrument, force est de constater qu’il est toujours associé au style country dans lequel il remplace avantageusement un orchestre à cordes et ce pour un coût somme toute assez limité. Nombreux sont les guitaristes qui ont été fasciné par cet instrument démoniaque. Je ne citerai ici que Jerry Garcia qui le pratiqua suffisamment à la fin des années soixante au point d’en faire profiter quelques amis de la baie de San Francisco. La technique du string bending fut également utilisée par notre homme à la guitare (sans accessoire je vous prie) notamment sur le solo de Box of rain (American Beauty).

Celui par qui tout a commencé : le B Bender Parsons/White

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www.pbase.com

Le système voulu par Clarence White et développé par Gene Parsons (batteur des Byrds et bricoleur adroit) visait à pouvoir augmenter d’un ton ou plus la seule corde de Si, c’est-à-dire indépendamment des autres cordes comme le ferait un vibrato traditionnel.

A la différence d’un vibrato traditionnel, on notera que le B Bender ne permet pas d’abaisser la corde et de passer à un Sib ou un La par exemple. Le principal problème du B Bender Parsons/White est qu’il est pour le moins invasif. Clarence avait ajouté un bloc supplémentaire au dos de sa guitare mais c’était encore un prototype. La légende prétend  que la feuille de papier restée dans la guitare après la mort du guitariste contenait encore une dose d’acide ! Voyez donc l’article évoquant la guitare du maître récupérée chez sa veuve par le multi-instrumentiste virtuose de Nashville Marty Stuart.

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www.pbase.com

Habituellement, on creuse le corps de la guitare. Mais on peut aussi rajouter l’ensemble du mécanisme dans une boite fixée au dos de la  guitare.

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On peut toujours trouver une guitare d’usine (Fender en produit quelques exemplaires parfois moins chers que celui-ci) qui en serait déjà équipée  mais on l’achèterait seulement pour ça et cela reviendrait cher.  Pour une installation ultérieure par le maître Parsons, on réservait le traitement à une guitare de lutherie modeste et on garderait sa Tele 54′ dans son salon.

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Les autres systèmes

Quels sont alors les systèmes génériques, à moindre coût et non invasifs me direz-vous ? Il en existe au moins trois. Le premier fut développé à al fin des années 60 pour la firme Bigsby (déjà célèbre pour ses vibratos) par le musicien texan Boomer Castleman. Il s’agit du système Bigsby Palm Pedal. Il est assez difficile de le trouver dans nos contrées. Je me souviens l’avoir entendu pour la première dans les mains d’un guitariste jouant à l’Utopia dans les années 90. Le groupe s’appelait Widow Maker et le guitariste était Urbain Lambert. Encore jeune, j’ai ainsi passé la soirée à me demander comment ce dernier pouvait extraire de telles sonorités avec ses seuls 10 doigts…

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www.marksguitars.com

Le second système parvenu à ma connaissance est sans doute le plus rustre qui  mais pas le moins charmant. il a été développé par l’américain Brad Higgins. J’ai cherché à contacter ce dernier il y a quelques moins pour obtenir l’objet mais il n’en fabrique plus pour le moment est le distribution de ce système était assez confidentielle.

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http://www.bradivarius.com

Un autre système est venu à ma connaissance récemment lors d’une visite au magasin francilien Guitare-village. Il a été développé par l’équipementier américain Joe Barden, déjà célèbre pour avoir fabriqués les micros préférés du regretté Danny Gatton. Le constructeur  a ainsi développé un (ou plusieurs ?) modèle guitare de facture modeste (Indonésie), ce qui nous a semblé bien dommage au vu de la qualité du reste des composants…

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Et j’en oublie d’autres comme celui-ci fabriqué par Steve Hudson et qui semble assez confidentiel. La sangle se fixe sur une des deux pattes accrochées à la plaque de fixation du manche et on peut alors choisir entre un B et G bender.

Citons enfin le système plus proche dans sa conception du modèle Persons/White : le Evans Pull Strings mis au point (à peu près à la même époque d’ailleurs) par Dave Evans.

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On retrouve ses guitares largement « custom » (et équipées de son string bender) chez deux grands musiciens : Al Perkins et Albert Lee.

Mon modèle : Hipshot String Bender

Il existe d’autres systèmes repris sur la base du B Bender original mais j’ai finalement choisi celui qui est le plus populaire et par là même  le moins cher. C’est la firme américaine Hipshot qui a développé ce produit (parmi d’autres) depuis maintenant une vingtaine d’années.Au passage, « hip » signifie hanche en français et vous comprendrez plus loin pourquoi…Un guitariste en particulier semble en être le porte drapeau ; Will Ray  membre des des virtuoses Hellecasters. Ses démonstrations  sont toujours stimulantes.

Parmi les modèles existants, j’ai eu l’opportunité de saisir en France chez un particulier celui le plus complet : drop D, G et B Bend. C’est celui-ci qu  j’ai monté sur ma récente Squier Classic Vibe Telecaster Thinline. Ce modèle me semblait idéal pour mon projet. Il est d’abord léger et permet d’avoir une marge pour alourdir l’instrument avec le Hipshot. Le fait que les cordes n’allaient plus traverser la guitare m’a paru convenir davantage à ce type de lutherie. Je m’explique sur ce point. Pour les guitares en bois plein, le fait que les cordes traversent le corps a une grande incidence sur la sonorité finale. Pour mon modèle semi-plein, on pouvait se passer de cette manière de faire, même si la chose est mal vue des puristes. Ces derniers ne s’y trompent pas : les cordes attachées directement au chevalet sonnent plus « molles » et le son est ainsi moins claquant. Fender avait développé cette pratique pour des raisons de coût à la fin des années 50 mais l’essai n’a pas été apprécié des guitaristes qui s’empressaient ensuite de percer le corps eux-mêmes !

Au final, les modifications pour pouvoir accueillir le système ont été peu nombreuses. Il fallait donc avant tout changer le chevalet traditionnel (cordes traversantes) pour un modèle permettant de faire passer les 3 cordes en longueur depuis le Hipshot, ainsi que les autres fixées directement au chevalet. Ce fut chose faite grâce à la firme chinoise Guitar Fetish.

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Il ne restait plus ensuite qu’à monter l’objet à partir de l’attache-courroie. Je n’ai pas utilisé les deux trois supplémentaires à l’avant pour ne pas porter atteinte à l’intégrité de la guitare. Les micros de ce modèle étant assez médiocres, j’ai remplacé le micro aigu par un Seymour Duncan trouvé d’occasion pour pas trop cher. L’électronique devra aussi être changée en conséquence.

Comment fonctionne le système Hipshot ?

Commençons par le Drop D.

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Sur la photo suivante, la molette est relâchée et permet d’obtenir un Ré grave parfait en réglant le point d’appui grâce à la vis située à l’arrière.

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La corde de Sol est actionnée quant à elle par une tige de vibrato traditionnelle qui ne s’actionne que vers le bas.

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Pour finir, la corde de Si est actionnée grâce une barre latérale.

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On rapproche la guitare de sa hanche droite (et non l’inverse sinon gare à la hanche en titane pour les plus âgés d’entre nous) et cela tend la corde. Là encore, un seul mouvement est permis par l’astucieux mécanisme, celui monter la note de deux tons environ. Celui de Clarence White allait encore plus haut…

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Quelle influence cela a t-il sur le jeu ?

L’effet oblige a repenser rythmiquement le placement de certaines phrases en les décalant (avant ou après) dans le temps. C’est ce qui me frappe le plus à l’écoute de Clarence White (grand rythmicien avant tout) qui intégrait en plus  cet effet dans son jeu en single note. C’est à mon avis le plus difficile à faire même si cela fonctionne très bien avec des séquences en double stop sur les deux dernières cordes. Le plus évident à mon niveau concerne le jeu en accords (en haut du manche pour l’accompagnement) ainsi que sur des arpèges (façon Sleepwalk) effectués sur les quatre dernières cordes. Je posterai des exemples sonores d’ici peu.

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