Hagstrom Jimmy 1978

Hagstrom Jimmy (1979)

Produit à 1083 exemplaires entre 1976 et 1983, notre modèle est à classer dans la catégorie « rare & collectible » pour un dealer américain. Selon les archives de la marque suédoise, seulement 241 instruments ont été distribués en Europe, le reste (763) étant destiné au marché US.

Autre fait notable pour l’amateur de matériel vintage : notre instrument n’a eu qu’un seul propriétaire et présente un parfait état de conservation pour ses quarante ans : « 1 owner & near mint » comme on dirait outre-atlantique ! Cette information nous sera précieuse pour dater le modèle avec précision car les informations sur Hagstrom ne foisonnent pas sur le papier ou en ligne…

Hagstrom une histoire suédoise

Apparue au début des années 1930, l’entreprise se consacre d’abord à la fabrication d’accordéons. La firme saura trouver une nouvelle utilisation à sa maîtrise du perloid (des fraguements de celuloid mélangé dans un solvant puis séché et travaillé en plaques)  qui équiperont ses premières guitares solid body flashy des années 60.

Un beau modèle Deluxe 90 P-46 de la fin des années 50.

Hagstrom possède des bureaux à New York et les voyages d’affaires de ses dirigeants y sont fréquents. A la fin des années 50, la firme voit le vent tourner et se met à fabriquer ses propres guitares électriques, peut-être aussi grâce à son expérience d’importateur pour la marque Gibson à travers ses 48 magasins dispersés dans les trois pays nordiques.

A la fin des années 60, la marque acquiert une certaine notoriété aux Etats-Unis et en Europe. Certains musiciens célèbres posent parfois avec des instruments emblématiques de la marque. On trouve Jimi Hendrix en studio avec une basse 8 cordes et Franck Zappa qui a même prêté son image à la marque pour plusieurs publicités.

Mais que pèsent nos hommes face à Elvis ? C’est bien le King qui s’est fait prêter un modèle Viking par un de ses musiciens (Al Casey qui lui aussi fourni son ampli Benson 200)  pour l’ouverture de son Comeback Special en 1968.

Larry Coryell (disparu récemment) en action sur le modèle étendard de la marque au cours des années 70 : la Super Swede.

La Super Suede est le seul modèle qui coûtait plus cher que notre Jimmy sur ce catalogue anglais de 1978. Sans doute à cause de la masse d’acajou nécessaire pour réaliser l’instrument qui devait concurrencer la Les Paul de Gibson. Conversion faite : les 400 £ de l’époque correspondraient à environ 2000 euros actuels.

N’oublions pas le modèle le plus populaire de chez Hagstrom : la Viking lancée en 1964 pour faire face à la vogue naissante des guitares demi-caisse apparue avec la Gibson 335. Ci-dessous un modèle de 1977 (California Music) qui partage certaines caractéristiques avec notre modèle.

En 1968 Karl E. Hagström (le dernier dirigeant de l’entreprise disparu en 2010) rencontre James d’Aquisto à New York. Agé de 32 ans, l’ancien apprenti de John d’Angelico (disparu en 1964) plus tôt bénéficie déjà d’une renommée importante dans le domaine des guitares archtop. Il effectue un voyage en Suède pour superviser la production d’un premier lot d’instruments. Les premières guitares (prototypes ?) sont ensuite présentés au 67ème NAMM en juin 1968 et apparaissent chez les revendeurs l’année suivante. Ci-dessous : le maître entouré de ses fans lors d’une convention en 1978.

Mais l’affaire tourne court pour des questions ayant trait au site de production originellement choisi par Hagstrom (Bjarton) qui se révélera finalement indisponible. Seuls 480 instruments ont été fabriqués, pour la plupart destinés au marché nord-américain (nom de code HG804). Les spéculations vont bon train sur le net à propos de ces premiers instruments, notamment sur le nombre de prototypes qui ont été construits de la main du maître.

Une histoire encore plus mystérieuse concerne un lot d’une cinquantaine de manches et de corps en multilplis que le maître aurait supervisé (fabriqué ?) puis acheté à Hagstrom pendant son séjour en Suède. Les pièces auraient été importés vers les Etats-Unis mais une bonne partie aurait été volée à New York. Seuls quelques caisses en multiplis lui seraient finalement parvenues. Certains pensent même qu’elles auraient servi pour assembler certains modèles dans l’atelier de Long Island.

La production du modèle Jimmy est finalement relancée en 1976 après un second voyage du luthier new-yorkais sur le site d’Alvaden l’année précédente.

Voici ce qu’on pouvait lire dans la brochure commerciale édité à l’époque :

Dans l’esprit du modèle Howard Robert, guitariste assez populaire au milieu des année 70, Hagstrom a également produit des modèles Jimmy avec une rosace (« oval hole« ) à partir de 1976.

Identification et datation du modèle

Le premier élément qui saute aux yeux est le changement des ouïes qui adoptent une forme plus classique à partir de 1977/1978. Exit le forme stylisée apportée par d’Aquisto .

On ignore la raison de ce changement : la forme a peut-être été reprise par d’Aquisto ou bien Hagstrom a souhaité revenir vers un design plus traditionnel ?

Vient ensuite le numéro de série. Le préfixe 53 a été ajouté à partir de 1973 pour différencier notamment les guitares acoustiques produites dans une autre usine (Barjton).

Le préfixe 53 a été ajouté à partir de 1973 pour différencier notamment les guitares acoustiques produites dans une autre usine (Barjton). Il ne nous sera donc d’aucune aide pour dater notre modèle. La suite de 6 chiffres nous importe. Les trois premiers indiquent un lot de de production (« batch ») lancé au cours d’une pour une année tandis que les trois derniers indiquent le rang  de fabrication dans ce même. Il nous faut donc maintenant trouver la liste de ces lots (dont certains ont pu dépasser sur l’année suivante) ou s’en approcher grâce à des instruments déjà datés avec précision.

Pour un instrument de première main comme le nôtre, les informations données par le propriétaire s’avèrent importantes. Notre homme a acheté cette guitare neuve en 1979 et s’en souvient encore avec précision car cela correspondait à la fin de ses études supérieures. Le lieu d’achat apporte des précisions supplémentaires car la guitare a été acquise dans un magasin de Mulhouse (Vous avez gardé la facture ? ) situé non loin du site de l’importateur Hagstrom en France qui se trouvait alors à Colmart. Notre instrument possède encore son étui d’origine dont on ne saurait dire s’il a été acheté en plus au magasin ou fourni par Hagstrom à l’origine.

On cherche en vain des informations sur les numéros de série mais il s’avère que les rares ouvrages à les mentionner sont épuisés. Et puis on tombe sur un forum dans lequel sévit un fin connaisseur de la marque et c’est la confirmation : « D’après le numéro de série, votre guitare est un modèle Jimmy. Le vôtre  été construit en 1979 dans le lot 56 qui en a produit 302 et qui était l’avant-dernier lot pour la fabrication de ce modèle. C’est le 129ème instrument à avoir été fabriqué dans ce lot. » Notre homme nous précise que les corps étaient vernis séparément au sein de chaque lot avant d’être assemblés et de recevoir leur numéro de série. Rarement un lot concernait uniquement une finition particulière (naturelle, sunburst, etc…)

Principales caractéristiques du modèle

Peu de différences existent entre le modèle originel et celui repris en 1976 : le corps est toujours réalisé dans un placage extérieur de bouleau(« birch ») et acajou pour l’intérieur. Le bouleau « fait le job » sans toutefois donner présenter les motifs (parfois) spectaculaires de l’érable, lequel pour ces seules raisons est bien plus cher ! La table est équipée d’un barrage en « tone bars » (comme sur les violons) ainsi qu’un (petit) bloc relié au fond visant à limiter les vibrations intempestives génératrices de larsen.

Le cordier tient souvent un rôle important dans l’esthétique générale d’une guitare archtop. La forme plutôt massive de celui-ci rappelle la tradition des instruments réalisés par d’Angelico.

Au cours des années 70, D’Aquisto et d’autres luthiers souhaiteront passer à des modèles en bois pour gagner en poids et favoriser la résonance. Ci-dessous notre modèle paré d’un cordier type violon.

Les mécaniques  siglées Hagstrom sont de type « Grover imperial» : elles nous renvoient à l’âge d’or des guitares archtop. Leur précision est restée la même depuis 1978.

Notez le manche en deux parties (également en bouleau, vous avez dit essences locales ?) qui lui assure une rigidité supplémentaire et lui évite de vriller dans le temps. Hagstrom a beaucoup communiqué sur ce point à travers son système maison de truss rod (« H Rod ») et de renfort interne en rail.

Mais pour régler ledit truss rod il faudra se munir de la clef (vraiment) spécifique fournie par le constructeur à l’époque. Mince ! c’est bien la seule chose que le précédent propriétaire n’a pas conservé.

Précisons que ce manche est assez fin, un peu dans l’esprit des « slim tapper » de Gibson du début des années 60. Hagstrom communiquait à ce propos sur « le manche le plus rapide de monde » :

Deux attaches courroies sont proposées, celui situé sur le dos permet d’ajuster le renversement du manche. Notez le sticker « Made in Sweden » qui évoque l’origine de notre instrument dépourvu à l’origine de toute étiquette collée dans la caisse.

La caisse est généreusement bombée afin de favoriser les fréquences basses.

Tout ici respire la qualité, depuis la touche en ébène parée de riches incrustations jusqu’aux micros qui servent vraiment la lutherie : comprenez par là qu’ils n’ont pas un gros niveau de sortie et que le timbre acoustique de la guitare en ressort magnifié.

On peut jouer beaucoup de styles avec cette guitare !

La marque Hagstrom a disparu en 1983. Au début des années 2000, un distributeur américain (American Music & Sound) annonce le retour d’une partie des instruments les plus célèbres de la marque grâce à un fabricant chinois.

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