Guild F-30 (1977) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Guild F-30 (1977)

La guitare présentée dans cet article fait partie des modèles phares de Guild. Créée dans les années 50 aux débuts de la marque, la gamme F présente des formes qui sont encore actuellement la signature de Guild. Je ne reviendrai pas sur les aspects historiques de la marque que j’ai déjà évoqué dans un précédent article.Imaginez donc une Gibson J-200 proposée en 4 taille, de la plus petite (F-20) à la plus grande (F-50) avec l’ornementation et les bois correspondants à chaque niveau de prix.

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C’est aussi dans cette gamme que Guild a créé au début des années 60 ses modèles 12 cordes dont la réputation n’est plus à faire, particulièrement pour les chanteurs qui appréciaient l’équilibre harmonique de ces guitares, une autre caractéristique de la marque américaine.

Datation du modèle

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L’étiquette ovale indique au premier coup d’oeil la troisième période de Guild, celle-ci qui a vu la marque se déplacer à la fin des années 60 dans l’état de Rhode Island, non loin de sa base historique située à New York. Le site de Westerly représente l’âge de la production (quasi) industrielle de Guild jusqu’à sa fermeture en 2001 et le rachat par Fender quelques années plus tôt. La marque avait développé une gamme très proche de celle établie par Gibson. On y trouve de tout : des  flat top de plusieurs formes (F et D), des archtop (électriques le plus souvent, avec le préfixe X), des hollow body (Starfire) et des solid body (S) aux formes parfois atypiques.Dans sa volonté de se placer au même niveau que les 3 grands fabricants de l’époque (Martin, Gibson, Fender) et en flairant les nouvelles tendances avec une réactivité parfois stupéfiante, Guild a créé une jungle de références dans lesquelles il est parfois difficile de se retrouver.

Ce n’est pas le cas ici puisque notre modèle est alors l’un des plus vendus,notamment en raison de son prix assez faible et de sa taille assez pratique : pas trop gros comme une F-50 et ses énormes basses mais plus grand qu’une F-20 avec sa projection limitée.

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Le chevalet « en nuage » introduit en 1967 est indissociable de la période Westerly. Composé d’un bloc massif de palissandre, il contribue à la sonorité précise de l’instrument. Les 6 bridge pins sont d’origine et présente l’inconvénient de sauter lorsqu’une corde casse. Lors d’un concert cela peut être devenir gênant. On les remplacera par des modèles plus gros en conservant ceux d’origine.

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Le logo Guild est ici réduit à sa plus simple expression, série 30 oblige. Oubliez les incrustations de nacre sur la tête et le dessin Chesterfield réservé aux modèles les plus ostentatoires. Les plus humbles y trouveront leur compte.

Une histoire de vernis

Notre modèle arbore une finition sunburst (le SB sur l’étiquette) assez rare chez Guild. Il n’est pas aussi réussi que ceux réalisés par Gibson mais les vernis  n’ont jamais été le point fort de la marque.

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Voyez donc comment les zones en contact avec le corps ont été attaquées au cours des années. La première image montre l’éclisse supérieure. C’est une des zones la plus sollicitées lors du jeu. Le verni a été comme repoussé vers l’éclisse, un peu comme si on avait joué sur un instrument pas encore sec…

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Vue à partir du fond de la guitare qui repose sur la poitrine. On voit apparaître l’acajou massif qui constituait la caisse. Quel dommage de ne pas l’avoir laissé apparaître ! Ce n’était pas l’habitude chez Guild qui n’avait en revanche aucune réticence à montrer l’érable utilisés sur le niveau 50 (F-50, D-50). Il est vrai qu’à l’époque, l’acajou était considéré comme un bois d’entrée de gamme dont les motifs, pas particulièrement spectaculaires, n’étaient pas souvent mis en valeur. Le palissandre, plus coûteux, a été rarement utilisé chez Guild, hormis sur les modèles D créés dans les années 60 pour concurrencer Martin et sa best seller D-28.

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Pour rester dans le domaine de la chimie, signalons un vieillissement plus habituel du vernis qui est visible sur l’image suivante. Il est fréquent chez Gibson par exemple pour les instruments construits dans les années 50-70.Certains en sont parfois intégralement recouverts ; ce n’est pas le cas sur notre modèle.

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Le manche a été poncé et le confort qu’il procure ainsi est particulièrement remarquable. Signalons que les mécaniques sont d’origine et en très bon état. Guild se fournissait alors au Japon.

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L’attache-courroie a été rajouté par mes soins. Cela signifie que le (les?) précédent propriétaire attachait sa sangle à la tête de la guitare,une habitude courante chez les chanteurs…

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La touche en palissandre a échappé aux outrages du temps. Les frettes (sans doute pas d’origine) sont parfaitement posées et leur taille correspond bien au profil du manche constitué d’une pièce d’acajou. Celui-ci est une totale réussite. Avec son profil en C, il me rappelle ceux des meilleures Gibson J-45 que j’ai pu essayer. Sur les modèles haut de gamme, Guild réalisait des manches en plusieurs parties afin d’éviter que ceux-ci ne vrillent avec le temps. Loin de plier sous la pression des cordes comme on pourrait souvent le croire (il faut quand même que le manche soit assez épais l’éviter), le vrai problème pour les constructeurs est bien d’éviter que le manche se torde sur lui-même.

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L’autre problème posée par cette pièce est la pression exercée sur la table à l’endroit où la touche est collée sur celle-ci. Il faut prévoir une barre de renfort longitudinale pour contrer cette force. Combien de Selmer-Macaferri de la grande époque présentent ce défaut ? La barre existe bien pour notre exemplaire mais n’a pas peut-être pas suffit à contrer les les coups de main droite portés par un précédent propriétaire sur cette partie de la table d’harmonie. C’est une hypothèse sur laquelle je reviendrai plus loin.

Les réparations

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La présence d’une fissure sur la table aurait pu en détourner plus d’un mais avec l’habitude on devient moins  regardant sur ce qui n’est quand même pas un détail. De retour en France,il fallait prévoir dans le budget un passage chez un luthier pour fixer ce « crack » :  ce fut chose faite grâce à Romuald Provost qui avait déjà travaillé sur ma Levin W-36. Quand on est recommandé par Alain Quéguiner à ses débuts, c’est toujours bon signe ! Notre homme fabrique aussi d’excellentes guitares à des prix raisonnables.

Les Guild ont toujours eu la réputation d’être construites avec soin. Le filet de rosace peu témoigner de ce savoir-faire.Il a bien résisté au choc. Certaines pièces internes sont très massives, attestant que les Guild étaient faite pour durer…mais aussi pour éviter au maximum les retours vers l’usine pour des réparations ultérieures. Ainsi le renfort de talon dans la caisse est d’une épaisseur impressionnante. Aucun problème pour percer un attache- courroie là-dedans…

Les multiples attaques du vernis  au dessus des cordes s’expliquent sans doute par un jeu aux doigts (peut-être même avec des onglets), car le médiator ne peut pas atteindre ces zones. Cela pourrait aussi expliquer la fissure qui pourrait avoir été provoquée par les coups portés à cet endroit très sollicité lors d’un jeu énergique. Bref, il ne s’agit sans doute pas d’un crack de séchage (ils se situent souvent à d’autres endroits sur la table d’harmonie) mais bien de la conséquence d’un jeu brutal. Il s’arrête au niveau du chevalet (ouf !) et n’a aucune incidence sur le son.

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Les coups portés à l’instrument sont assez peu nombreux au regard de ce que le verni pourrait laisser croire. On a ici un instrument qui a été joué intensément mais pas maltraité pour autant. Si c’était le cas les coups sur le éclisses et le fond seraient nombreux. Seul une rayure choc sur l’extrémité de la table est à déplorer.Comme pour le manche, une solution d’amateur a été choisie par un amateur :  un vernis a été grossièrement appliqué sur le choc.

Les fidèles lecteurs de ces lignes  connaissent mon inclination pour l’association acajou (caisse) / épicéa. Il procure selon moi un son plus direct et un peu plus sec que le palissandre (caisse) riche en harmonique. Les guitares construites avec ce bois sont souvent plus difficile à enregistrer pour les ingénieurs du son qui s’échinent ensuite à éliminer les basses tourbillonnantes pendant le mixage.A l’inverse d’une guitare entièrement en acajou, on garde avec une table en épicéa une brillance et une réponse rapide pour le jeu au médiator que j’affectionne.

Ce sont ces qualités qui m’ont plus sur cette guitare achetée au magasin Southside Guitars. Je cherchais alors une forme plus petite que celle de ma Dreadnought Levin, mais avec le même type de bois. Je ne connaissais pas très bien les guitares Guild.

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La caisse relativement profonde (12 cm -4 1/2″) pour la taille (39 cm – 15 » au plus large)  de l’instrument l’inscrit dans la catégorie des « deep body« . L’air met un peu plus de temps à sortir de la caisse et la sonorité en est plus douce selon moi.C’est aussi agréable de tenir une telle guitare contre soi lorsqu’on on joue debout mais là c’est une histoire de goûts…

La comparaison sur la photo suivante avec ma Dupont GA-28 est éloquente : celle ci a une table un peu plus large large (40 cm env.) avec une profondeur plus habituelle de 10 cm ! Cette guitare donne ainsi une réponse plus rapide et une projection accrue.

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Une bonne affaire sur le marché du vintage

L’amateur de vintage a prix raisonnable devrait porter un regard plus attentif sur les modèles Guild des années 60-70. Les bois choisis par Guild sont toujours d’excellente qualité et pour qui veut se démarquer des formes traditionnelles, c’est là une excellente occasion. Je ne cite pas le domaine des électriques (Starfire, S-100…) qui regorgent de bonnes affaires, particulièrement lors d’un voyage outre-atlantique. Si l’on compare les guitares acoustiques produites par Martin et Gibson pour la seule période des années 70, force est de constater que les modèles Guild arrivent souvent à dépasser leurs aînées.Encore faut-il réussir à trouver dans nos contrées. Quant à l’aspect cosmétique marqué, il est souvent selon moi un bon signe qui montre que la guitare a été jouée et donc qu’elle le méritait. Cela indique aussi une incidence sur le prix qui sera revu à la baisse. La cote d’un instrument vintage est d’abord établie en fonction de l’état général et ensuite de la sonorité de l’instrument. A titre exemple, un exemplaire comme celui-ci peut se négocier dans les 2000 euros, voire un peu plus s’il est en excellent état. J’en ai déjà joué plusieurs en France et aux Etats-Unis  dans cette fourchette de prix (RF Charle, Maindrag Music)  mais ils ne sonnaient pas comme cette guitare dont on peut estimer le prix (français) autour de 1500 euros. L’étui d’origine d’excellente qualité (et aux dimensions exactes de l’instrument…) rajoute un peu à la cote.

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Notez le logo Guild sur l’étui, typique des années 70. La période précédente voyait celui-ci :

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Le modèle tel qu’il était présenté sur le site du magasin Southside Guitar. Nous sommes bien ici dans le registre que j’affectionne, celui des « players guitars« , c’est-à-dire des instruments dont la sonorité prime sur l’aspect et les éventuelles réparations. Si on fait une comparaison avec une Fender Stratocaster des années 60, ce serait par exemple une guitare revernie avec un ou deux micros changés ainsi qu’une électronique modifiée (sélecteur à 5  positions en lieu et place du 3 positions par exemple), ce qui pourrait diviser le prix par deux et rendre l’instrument relativement abordable pour un guitariste désargenté…

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1 Commentaire

  1. régis

    Cela reste de toute évidence un bel instrument!! superbe sujet bien développé!!!Merci

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