Gibson SG Standard (1976) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Gibson SG Standard (1976)

C’est un instrument en parfait état d’origine qui est présenté dans cet article. Le fait devient assez rare pour mériter d’être signalé.

Selon la terminologie utilisée par les dealers américains,on pourrait ainsi parler de « mint condition » ou bien de verry good condition / VGC à cause de légères marques sur le vernis. Même l’étui d’origine a été conservé. Seuls les  deux attaches-courroies ne semblent pas d’origine.

Le modèle SG a connu une histoire un peu tourmentée chez Gibson. A l’époque de sa création en 1961, le vaisseau amiral de la marque dans le domaine récent des guitares solid body (SG) était la Les Paul et ses multiples déclinaisons. La marque a d’ailleurs mis du temps à se familiariser avec ce concept. Quand elle franchit le pas en 1955, elle eut a subir les foudres des autres constructeurs établis. On raconte même que lorsque le directeur de Gretsch appris la nouvelle, il appela le dirigeant de Gibson et lui tint à peu près ces propos : « Si tu fait ça, les gens vont croire qu’ils peuvent s’acheter un scie et fabriquer leur propre guitare ! »

La confusion existe aussi parfois avec le modèle Les Paul car la SG aussi a été affublé de ce nom entre 1961 et 1963 pour profiter de l’aura conférée par le guitariste. La  différence entre les deux modèles ? La SG est certes moins chère que sa consoeur grâce a son unique corps en acajou, c’est-à-dire sans la table en érable sculptée de la Les Paul Standard. Mais surtout, la SG est légère et maniable. Ses caractéristiques sonores ne sont pas si éloignées de la Les Paul avec un son plus  peut être moins riche en harmonique tout de même, ce qui n’est pas forcément un défaut.

Quelques chiffres de diffusion pour cette guitare : Entre 1961 et 1963, il s’est vendu chaque année environ 1400 exemplaire de SG, soit trois fois plus que le modèle Les Paul Standard produit entre 1957 et 1960. En 1970, la production de la SG connaît son âge d’or avec près de 13000 instruments écoulé.

Notre instrument a été fabriquée au cours d’une période souvent été décriée par les puristes. Commencées vers 1970, les « Norlin Years » (nom du nouveau propriétaire) verraient ainsi le début d’une chute de qualité pour la firme de Kalamazoo (Michigan). Cela pourrait  sembler paradoxal au vu de l’état du marché de la guitare à l’époque. Celui-ci connaît alors une croissance rapide aussi bien pour les modèles électriques qu’acoustiques. C’est précisément cette manne qui est recherchée par certains investisseurs d’alors. Une fois la prise de contrôle établie, l’angle financier  présidait souvent aux décisions.

Fender avait été rachetée quelques années auparavant par le groupe CBS et Martin avait commencé à augmenter sa production de manière conséquente à l’orée des années 70. Le phénomène qui touche Gibson n’est donc pas nouveau et on se souvient aussi qu’au début de XXème siècle la marque fut rachetée à son génial créateur par un groupe d’investisseurs de Chicago appâtés par les concepts révolutionnaires mis au jour par Orville Gibson. Pour l’amateur éclairée, le problème ne se pose pas en ces termes. Ainsi, on peut se demander pourquoi la qualité aurait soudainement disparu alors que la main d’oeuvre, les méthodes ainsi que le matériel employé n’ont pas disparu du jour au lendemain.

Dans le même esprit, la plupart des musiciens des années 70, utilisaient les instruments de leur époque. L’exemple est bien connu pour Hendrix et ses Fender période CBS mais on peut en trouver d’autres ailleurs : la Les Paul Custom de Mick Ronson (1968),la ES 335 de John McLaughlin (celle du Trio of  Doom entre autres), la SG Standard de Robbie Krieger (1968) ou bien encore celle d’Angus Young (1970). L’expert de George Gruhn situe pourtant le début de la baisse de qualité dès 1966…

2 publicités Gibson des années 70

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Comme pour Fender, l’histoire ressemble davantage à des aléas provoqués par certaines décisions malheureuses plutôt qu’un effritement continu au cours des années. Il n’en reste pas moins que certains éléments ont pu disparaître : qualité des vernis, composants électriques, choix des essences…

 Datation du modèle

Gibson est déjà une firme assez ancienne dans les années 70 et de multiples systèmes de datation vont été employés au cours des années. Celui utilisé sur notre modèle est facilement reconnaissable car il comporte un autocollant (le « peghead decal » verni ensuite) et des prefix qui n’ont été utilisés que pour les années 1975 (99) , 1976 (00) et 1977 (06).

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Autres éléments de datation relative cette fois, l’épaisseur du logo Gibson sur la tête ornée de la discrète couronne (crown) : il est plus fin à cette période et comporte un point sur le i. Ce détail avait été supprimé entre 1970 et 1972.

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On peut également citer le chevalet « tune-o-matic » de forme rectangulaire. Il est parfois surnommé  « harmonica » et a été introduit en 1971. Il était fabriqué en Allemagne par Schaller, la même entreprise qui fabriquait les mécaniques alors utilisées sur l’ensemble des instruments Gibson.

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La pièce de métal fabriquée par Schaller permet d’évoquer une particularité des guitares  Gibson. Le chevalet est « automatiquement » taillé selon le radius du manche, un peu comme sur les instruments du quatuor classique. Chez Fender, on doit le « fabriquer » en ajustant la hauteur de chaque pontet, le genre d’opération qui vous envoie à coup sûr chez un expert…

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Et puis il y a aussi la célèbre volute située à l’arrière de la tête. Elle est souvent décriée par les puristes. En ce qui me concerne, je n’y vois aucun inconvénient pour le jeu. Sur le plan esthétique, on pourrait en discuter mais ce n’est pas si disgracieux après tout…L’ajout d’une masse de bois supplémentaire à cet endroit stratégique avait pour but de solidifier la tête en cas de chute. Le procédé existait dans les années 30 chez Martin  pour ses guitares acoustiques; lesquelles n’étaient pourtant pas dotées d’un truss rod. J’ai la même volute sur ma Levin (équipée d’un truss rod réglable depuis la tête) et je ne trouve à rien à y redire.

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Depuis que Gibson a choisi de placer l’accès à la vis de réglage du truss-rod en haut du manche, cette zone est devenue le point faible des Gibson acoustique et électrique. La moindre chute (même dans l’étui si la l’arrière de la tête n’est pas rembourré) et c’est le choc, accentué par le poids des mécaniques, qui peut provoquer une fracture de tête. A la lecture d’un forum consacré à ce douloureux sujet, on apprend que les modèles S-G sont plus concernés que les Les Paul par exemple. La volute s’explique aussi car Gibson voulait à tout prix éviter un retour à l’usine pour ses instruments. Cette crainte se retrouve aussi dans les placages (plus ou moins épais selon les époques) utilisés pour les caisses des séries ES.

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Et voici ce qui risque d’arriver si on n’y prend garde.

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Il me faut également préciser que l’angle d’inclinaison de la tête a été accentué sur certains modèles à partir de 1973 : 17° contre 14° auparavant. C’est un élément supplémentaire qui fragilisait ces guitares en cas de chute. On voit bien sur cette photo les deux angles choisi par Gibson : 17° à gauche et 14° à droite.

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netsolhost.com

Dernier point sensible sur les S-G, la jonction corps-manche. Sur les premiers modèles sortis en 1961, il s’agissait de la partie la plus fragile. Le problème a été réglé par la suite.

Les bois

Rappelons un élément de la philosophie alors en vigueur à Kalamazoo : une lutherie industrielle de grande qualité apte à générer des prix de vente élevés, chaque modèle souvent prestigieux possèdant ainsi plusieurs déclinaisons jusqu’à un modèle d’ entrée de gamme apte à faire toucher du doigt le rêve gibsonien. J’ai déjà évoqué dans un précédent article la particularité de la firme en ce qui concerne la vente de ses instruments. Ce que je n’ai jamais compris en revanche, c’est comment Fender (dont je préfère les instruments) a pu vendre ses guitares à des prix si proches de ceux de Gibson…Il existe un tel écart entre ces deux philosophies. Jugez-en seulement sur le choix des essences utilisées par Gibson : acajou, ébène, palissandre, érable. Chez Fender, on trouve des bois qui n’avait pas été utilisés jusque là dans le domaine de la lutherie mais plutôt dans celui de l’industrie du meuble : pinewood, frêne, aulne… et érable certes, mais seulement pour les manches.

Autre sujet légendaire chez les connaisseurs de la marque : les composants utilisés ne correspondaient pas toujours au modèle en question : un exemple parmi d’autres, le bois utilisé pour les caisses des mandolines dans les années 10 et 20 était annoncé comme de l’érable (mapple) alors que c’était en fait du cerisier (birch), moins coûteux, sur la plupart des modèles. Pour notre période, le noyer (walnut) fut utilisé  sur le modèle suivant (The SG) en remplacement de l’acajou, sans doute pour des raisons économiques, mais le changement fut quand même précisé sur les catalogues.

Dans un soucis d’économie du bois lors de la coupe, Gibson a parfois assemblé des têtes en 5 parties en rajoutant deux petites parties latérales afin de constituer les volutes de la tête. La pratique semble s’être accentuée sous l’ère Norlin (elle existait déjà dans les années 50) et elle subsiste encore de nos jours. il m’a ainsi été donné de la voir sur une J-200 récente, modèle qui ne représente pas vraiment l’entrée de gamme de la marque !

Le bois utilisé pour le manche est atypique pour les années 70. Depuis 1974, il n’est plus en acajou (3 pièces collées) mais en érable (3 pièces collées) sur la plupart des modèles. Ce dernier était beaucoup plus facile à travailler et avait une plus grande fiabilité dans le temps, l’acajou risquant de vriller s’il n’est pas suffisamment préparé avant l’assemblage.

Bonne surprise : notre modèle possède un manche en acajou. Il est en 3 pièces, chose courant sous l’ère Norlin.Voyez donc ce manche d’une Les Paul Goldtop de 1969.

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Ce détail me semble important car il me semble davantage en cohérence avec le bois utilisé pour le corps sur le plan sonore. En effet, l’érable (comme celui des Les Paul sunburst) a tendance à donner un son plus brillant.

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L’attache-courroie n’est pas d’origine mais va bien avec les formes anguleuses de la guitare.

Le corps est constitué d’un bloc central en acajou massif complété pour la coupe des côtés  formant la silhouette typique de la SG.

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Sur des corps plus épais, il n’était pas rare de trouver des assemblages en couches superposées. Exemple chez cette Les Paul Goldtop de 1969 qui présente le tristement fameux « 4 piece pancake body » dont la recette est la suivante : 2 couches d’acajou, une fine tranche d’érable entre les deux et un table en érable au sommet de l’ensemble.

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La touche est constituée d’un magnifique palissandre et les repères de touche en trapèze (finition Standard) sont parfaitement incrustés. Le filet (binding) le long de la touche ne reflète pas la même impression de qualité mais il n’a pas bougé depuis bientôt 40 ans.

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L’électronique

Les micros correspondent bien au son à la mode dans les années 70 : puissant et rugueux. La saturation s’obtient très vite et donne des sons bien tranchants. On est loi de la rondeur des P.A.F crées dans les années 50. Ce type de sonorité s’accorde avec les amplis de l’époque qui avaient adopté à la fin des années 60 les aimants en céramique dans la course au « gros son ».

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On voit bien sur cette image le procédé de fabrication existant chez Gibson, lequel est très différent de celui employé par Fender encore aujourd’hui : l’aimant est situé à la base du micro et les vis transmettent  le champs magnétique à la corde (et non l’inverse). Ces 6 vis (pole pieces) permettent un ajustement plus ou moins précis  du son en fonction de chaque corde.On voit bien aussi le soucis d’isoler le micro des sons parasites avec la présence du capot qui est quasiment scellé sur les deux bobinages (coils).

Un micro a tenté de combiner les deux systèmes (avec les vis qui faisaient office d’aimant), il s’agissait du Wide Range crée par Seth Lover pour Fender au début  des années 70. J’en ai déjà parlé dans un précédent article.

Notre spécialiste des aimants a également dessiné les contours de certains amplis chez Fender, notamment un modèle à trois entrées assez ingénieux, le XFL 2000.

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C’est la même personne qui fut responsable de la création du micro P.A.F Humbucker de Gibson à la fin des années 50, c’est-à-dire le même type de micro qui équipe notre SG. L’entretien avec l’ingénieur réalisé en 1978 par Seymour Duncan est une mine d’information. On y apprend par exemple l’origine de la création des 6 vis de réglage et de leur disposition. Seth Lover n’en voyait pas l’intérêt mais c’est le service commercial qui lui demanda de les ajouter. Il fut ensuite sommé de choisir leur emplacement. Sa réponse mérite bien une citation :

« I decided to take the one closest to the fingerboard and put the screws facing it and the one closest to the bridge towards the bridge, [laugh]…that made them happy, they had a set way that it should be set, it only amounted to turning the pickup around… »

Pour le reste du câblage, on est dans la tradition. Il n’a jamais été modifié depuis la fabrication de l’instrument.

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Les potentiomètres sont facilement datables.

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J’ai été un peu surpris de trouver une prise jack en plastique mais elle doit bien refléter le soucis d’économie en vogue dans les années 70 .

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Merci à mon vieil ami Sylvain pour le prêt de l’instrument.

Signalons enfin la parution du magazine Vintage Guitare (numéro 12) dans lequel est bel article (signé par Christian Séguret) est consacré aux Gibson SG. Je précise que mon article a été écrit avant la parution dudit magazine et qu’il n’a pas été modifié depuis.

 

6 Commentaires

  1. Marc

    Bonjour, je possède une sg achetée en 1981 à Paris, dont le numéro de série est 920410 peut être 9204/10 , inscrit à l encre sous le vernis auriez vous des renseignements à me fournir sur sa date de fabrication, merci, marc

    • Arnaud

      Bonjour Marc,

      D’après mon guide Gruhn, les numéros de série à 6 chiffres sont utilisés par Gibson entre 1961 et 1975. A ce propos André Duchossoir a d’ailleurs remarqué que beaucoup ont été dupliqués entre 1963 et 1969 : un même N° peut ainsi indiquer 1965/1969 ou bien 1963/1967. Il faut alors avoir recours à d’autres éléments pour dater l’instrument. Ces numéros passent à 8 chiffres à partir de 1977. C’est ce système qui est encore utilisé actuellement par Gibson. J’en parle dans mon article sur la Les Paul Custom.
      Dans votre cas, le numéro semble indiquer la période du début des années 70, la série des 900000 se situant entre 1970 et 1972. Il faut aussi avoir inscrit la mention « Made in USA » à l’arrière de la tête. A partir de 1973, un lettre (de A à F) précède les 6 chiffres et ce jusqu’en 1975-1977, période durant laquelle on trouve les préfixes (99, 00, 06) comme sur notre modèle.
      Après vérification sur le site Guitar Dater Project, nous avons les informations suivantes :
      « Your guitar was made at the Kalamazoo or Nashville Plant , USA approximately in: 1970, 1971 or 1972»

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  2. Marc

    Bonjour Arnaud, merci infiniment pour la rapidité de votre réponse, ma guitare à un référence ment à 6 chiffres en effet, pas de « made in USA », les potentiomètres sont beaucoup plus oxydés que sur votre photo, et j’ai pu y déchiffrer: CBA811 1158500 KAT 1377018 ,le pickguard grand modèle, un bridge type pont (pas harmonica) un trémolo lyre gibson, un talon derrière la tête, logo gibson avec 1 point sur le i, la couronne assez basse (au niveau des mécaniques du milieu) pas d inscription sur la cloche.la jonction Manche/corps est la même que sur votre photo, les incrustations nacre sur le manche sont des trapèzes mais les bords latéraux sont concaves.Félicitations pour votre blog.

    • Arnaud

      C’est la mention « Made in USA » manquante qui me surprend, ainsi que les chiffres inscrits à l’encre et non gravés. Cela pourrait indiquer une réparation ou un nouveau verni (ou les deux). Le logo et la couronne me semblent OK en revanche. Ce dernier était en effet plus haut dans les années 60.
      Elle ressemblerait à celle de mes photos (qui est une SG de cette période) ?
      Le câblage vous semble t-il d’origine ? (regardez les soudures)
      Les mécaniques sont-elles d’origine ?
      Beaucoup d’exemplaires de ce modèle très populaire ont souvent été modifié (micros changés, cordier remplacé puis remis en place pour une vente…)
      Si vous avez la possibilité de m’envoyer quelques photos, n’hésitez pas.

  3. Angot

    Bonjour
    Ma sg est numérotée 867308 avec volute, made ni Usa, petit pickgard, bigsby et point sur le i.
    D’après vous, elle date de quand?
    Merci
    Thierry

    • Arnaud

      Bonjour,

      La mention Made in USA à l’arrière de la tête et le numéro de série à 6 chiffres la situe entre 1973 et 1975.Mais cela pourrait être aussi une SG Deluxe produite entre 1971 et 1972 en remplacement du modèle « Standard ». La Deluxe était alors équipé d’un vibrato Bigsby de série mais votre description de la plaque ne semble pas correspondre. Il est parfois difficile de s’y retrouver chez Gibson pour cette période. Cela s’explique par la production véritablement industrielle de ce modèle alors fabriqué à plusieurs milliers d’exemplaires par an. La firme devient alors moins sérieuse sur les numéros de série et emploie mêmes des serial déjà utilisés à deux reprisées au cours des années 60 ! C’est la mention « Made in USA » et la fameuse volute (introduite autour de 1969 )qui permettent de la situer tout de suite dans la décennie 70.En état d’origine (avec Bigsby d’origine) et sans fractures, votre instrument peut se négocier autour des 2500 euros, et sans doute un peu plus pour un modèle « Deluxe ».

      Musicalement

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