Banjo Gibson Mastertone Earl Scruggs (1998) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Banjo Gibson Mastertone Earl Scruggs (1998)

Ce blog donne une belle place aux 6 cordes mais quand on a dans les mains un instrument de cette qualité, il serait quand même dommage de s’en priver !

Quelques mots sur cet instrument originaire d’Afrique qui a traversé l’Atlantique avec les esclaves. Longtemps associé à la musique produite par les Blancs américains des Appalaches, les origines du banjo ont été rappelées il y a quelques années grâce aux initiatives parfois militantes de certains musiciens noirs. Au début des années 60, le bluesman Taj Mahal a ainsi été l’un des premiers à l’utiliser régulièrement dans ses titres. En 2008, c’est Otis Taylor qui enfonce le clou avec son album « Recapturing the banjo » qui associe quelques grands musiciens noirs américains (Alvin Youngblood Hart, Corey Harris…) au slogan « This ain’t your daddy’s bluegrass ! « . Il suffit alors de se pencher sur quelques photos du début du siècle pour voir à quel point l’instrument était encore pratiqué par les Noirs américains, au même titre que la mandoline d’ailleurs, mais ceci est une autre histoire…

Jusqu’à l’après-guerre et l’affirmation du style Bluegrass auquel il désormais associé, les déclinaisons de cet instrument à 4,5 ou 6 cordes ont été nombreuses, depuis le style rural « old-time » joué en clawhammer jusqu’au jazz où il a devancé la guitare comme instrument d’accompagnement. Rappelons que Django Reinhardt a commencé sa carrière dans les années 20 sur un banjo…accordé comme un guitare certes mais quand même !

Histoire du modèle

Introduit en 1984, notre modèle s’inscrit dans le revival vintage qui touchait alors des grandes firmes historiques comme Fender,Gibson ou Gretsch. L’idée était de proposer des rééditions de modèles mythiques qui avait marqué l’histoire de la marque.Les grands fabricants ont souvent dû faire appel à d’autres constructeurs ou collectionneurs pour retrouver les pièces ou les formes de ces instruments. Pour Gretsch par exemple, ce fut grâce aux instruments la collection de Randy Bachman. Il y avait de quoi faire car le musicien américain en avait accumulé plusieurs centaines au fil des années et ce fut un total de 358 guitares (dont deux douzaines de White Falcon !) qui furent ainsi rachetées par Gretsch à la fin des années 80 (in Guitare vintage #15).

Dans le choix d’un musicien emblématique du banjo, il était alors difficile de passer à côté d’Earl Scruggs. Ce musicien américain a donné à l’instrument un rôle de soliste dans toutes les formations Bluegrass auxquelles il a participé avec Bill Monroe ou Lester Flatt notamment. Sans rentrer dans des détails trop pointus, signalons que c’est à lui que l’on doit notamment (et avec Don Reno entre autres) le développement du jeu à 3 doigts (pouce-index-majeur) qui a permis ensuite à des générations d’instrumentistes (Bill KeithJ.D. Crowe, Bela Fleck ou plus récemment Noam Pikelny) d’élargir le spectre du banjo.

En 1954, à l’occasion d’une réédition de sa méthode vendue à des milliers d’exemplaire, Pete Seeger ajoute même un chapitre sur le jeu à trois doigts développé par Scruggs depuis 10 ans déjà (Cf. Jacques Brémont). Notre homme joue quant à lui sur un banjo de type « open back« , c’est-à-dire sans résonateur.

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Pour en revenir à notre notre banjo,Gibson voulait recréer le luxueux modèle Granada utilisé par le maître au cours de sa longue carrière mais n’avait alors plus en stock toutes les pièces (métalliques) qui le composaient. Au début des années 80, la mode n’était plus vraiment à ce genre d’instrument. De nombreux artisans s’étaient même lancés depuis les années 70 dans des rééditions de modèles mythiques pour palier le manque de production de la marque. Pour les premiers exemplaires (toujours produits en petite quantité), Gibson s’adressa donc à des distributeurs de pièces détachées. Pour l’armature (le Flange), Gibson dut ainsi s’adresser à Stewart Mac Donald, fournisseur de nombreux luthiers amateurs et professionnels depuis les années 70.

L’histoire du manche est encore plus compliquée car il a été changé au début des années 70 par un luthier fan du musicien, lequel a lourdement insisté pour réaliser l’opération que Mr Scrugg n’a pu lui refuser…à moins que ce ne soit son épouse et agente Louise Scruggs qui l’ai influencé dans sa décision.C’est le dessin de ce manche (et de ses incrustations) qui a été repris non sans difficultés par Gibson pour la création du modèle présenté dans ces lignes.

Extrait d’un catalogue Gibson du début des années 90 édité par le distributeur français Gaffarel Musique

Catalogue Banjo

Collection personnelle

Identification du modèle

Pour un instrument qui se négocie d’occasion aux environs de 3500$, la tâche est importante mais pas très difficile. En effet, toutes les pièces qui composent l’instrument sont facilement visibles et marqués du sceaux de la marque. J’en ai compté trois.

Le label tout d’abord qui ne comporte pas de numéro de série comme sur les guitares électriques (produites en milliers d’exemplaires) mais la date finale d’assemblage : 21 juillet 1998. Avec sa profusion de nacre et sa touche en ébène, notre modèle se situe (largement) au dessus du modèle haut de gamme RB-4. Les lettres RB signifient Regular Banjo, c’est-à-dire un modèle 5 cordes. Le chiffre 4 a longtemps désigné le plus haut niveau de finition pour les banjos fabriqués par Gibson. Au delà de notre banjo, on ne trouverait que l’accastillage plaqué or qui équipe le modèle original de Earl Scruggs qui jouait habituellement sur un modèle Granada. L’entreprise a pu sembler trop risquée pour Gibson qui a préféré opter pour une finition nickel qui laquelle était devenue celle du modèle personnel de Mr Scruggs après quelques années !

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Voici le decal utilisé par Gibson dans les années 20 à l’époque où l’usine (la seule de la marque) se trouvait à Kalamazoo (Michigan).

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Un numéro est gravé sur la jante (rim) en érable teinté. Typique de chez Gibson,il s’agit du Factory Order Number (FON) qui donne les informations les plus précises sur la destination finale de l’instrument à la sortie de l’usine.On le retrouve sur les guitares vintage de la marque en plus du traditionnel numéro de série.

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Le flange d’origine est estampillé Gibson USA. L’assemblage final (vissage, réglages…) en usine prend beaucoup de temps et explique en partie le prix élevé de l’instrument.

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L’acier qui le constitue est le même que celui utilisé de puis les années 20. Il participe au poids conséquent de l’instrument qui approche les 5,5 Kg.Il semble néanmoins que les modèles Gibson Top-Tension qui ont succédé aux Mastertone à la fin des années 30 soit encore plus lourde !

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Une sangle bien rembourrée s’avère ici nécessaire !

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La peau (synthétique) modèle Weatherking est fournie par le constructeur américain Remo. Ce fabricant est plus connu pour équiper à peu près toutes les caisses claires de la planète.

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Le cordier presto se retrouve sur toute la gamme des banjos de la marque.

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Le manche

C’est la pièce maîtresse d’un tel instrument. Il est en érable ondé, un bois très rigide que l’on retrouve pour la fabrication des instrument du quartet. Il est parfois remplacé par du noyer (comme pour les guitares manouches) ou de l’acajou.

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La feutrine  entre le pot (ensemble de la partie circulaire du banjo) et le manche a disparu au cours des années.

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Chez Gibson, la touche en ébène est toujours réservée aux instruments les plus chers.

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Les incrustations hearts and flowers sont ici parfaitement posées. Aucun défaut n’a pu être observé. On pense ici à un usinage de type CNC pour atteindre un tel niveau de perfection. La signature du maître est inscrite sur le cache du truss rod fixé par deux vis.

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La vis de serrage du truss rod, inventé par Gibson dans les années 20.

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La série Mastertone représente depuis 1923 le fleuron de la gamme des banjos fabriqués par Gibson.

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Ces 4 petits crochets servent à accorder la chanterelle si un capodastre est mis à partir  de la seconde case du banjo pour aller aux tonalités de La, Si, Do et Ré tout en conservant ses positions d’accord habituelles. L’usage du capodastre est fréquent dans le style bluegrass.

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La tête est composée de 2 parties rajoutées à l’axe principal et ce pour les des raisons d’économie. Il serait en effet dommage de découper une pièce d’érable d’une telle largeur seulement pour obtenir une tête complète.La volute située à la base a pour but de renforcer le manche au niveau de la cavité de la tige de renfort. Souvent décrié sur les modèles électriques de Gibson, il évite des fractures de tête  fréquentes chez les instruments de la marque. Les mécaniques de banjo ont un ratio beaucoup moins élevé ( 4:1) que celles de guitares (16:1). Cela s’explique par le fait que la pression qu’elles ont à subir est beaucoup moins importante que sur une guitare ou une mandoline. L’accordage est donc rapide et précis.

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Le résonateur

Il est en érable et est fixé sur la jante en métal par 4 grosses vis qui servent aussi à fixer la sangle. Comme son nom l’indique il a pour objet d’amplifier le volume de l’instrument en redirigeant le volume d’air vers la face du banjo. L’érable est un bois rigide qui a en plus tendance favoriser la vibration des fréquences les plus aiguës, un peu comme pour la caisse d’un violon.

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L’érable ondé ne renvoie pas toujours à des qualités acoustiques supérieures mais cela fait toujours bon effet sur un instrument de ce prix…

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Véritable marque de fabrique gibsonienne, la finition sunburst renvoie des images variées selon la lumière du jour et l’inclinaison de l’instrument.

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La pièce est enfin orné d’un filet (bound) triple qui a su résister à certains chocs.

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Modifications

Il y a quelques années, le propriétaire unique et actuel de l’instrument (acheté neuf dans une grande enseigne parisienne) a fait installer chez François Charle un micro magnétique qui n’altère pas la sonorité acoustique du banjo. Comme pour les guitares, les systèmes d’amplification sont très nombreux et les méthodes varient d’un fabricant à l’autre. Le nôtre devrait être un modèle Five Star spécialement créé pour se fixer aux deux tiges métalliques caractéristiques des modèles de style Mastertone.

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Le micro situé sous la peau à quelques millimètres de celle-ci entre alors en contact avec une fine plaque métallique fixée sous le chevalet en son centre. Cette dernière pièce est essentielle à la sonorité  typique du banjo. Elle est généralement composée d »une base en érable et d’une partie en  ébène sur laquelle repose les cordes. Il s’agit ici d’un modèle plus rare de chez Grover puisque les cordes reposent ici sur une partie en os comme pour les sillets des guitares. On gagne encore en brillance sonore grâce à ce procédé.

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La fabrication de ce modèle (ainsi que tous les autres banjos de la marque) est encore à l’arrêt depuis 2010 et les inondations qui ont touché le site de Nashville.  Les amateurs de la marque sont inquiets car la production des mandolines (fabriquées sur le même site) a quant à elle repris. Encore une raison pour faire monter la cote de notre instrument sur le marché vintage !

Merci à Laurent pour le prêt de son instrument dont j’ai pu effectuer le réglage avec grand plaisir

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