Fender Bronco (1973) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Fender Bronco (1973)

Ne me demandez pas pourquoi Fender inscrit au milieu des années 60 la plupart de ses nouveaux produits dans un bestiaire américain (Jaguar, Mustang, Bronco)  et renonce en partie aux patronymes techniques (Jazzmaster) et futuristes (Duo-Sonic) qui avaient fait florès jusque là. Produit entre 1968 et 1982,ce modèle représente l’entrée de gamme Fender des années 70. Le guitariste jeune ou désargenté aura ainsi accès à tout ce qui peut le faire rêver chez la marque californienne.

Une forme stratoïde inspirée de la grande soeur Stratocaster, un vibrato (moins élaboré mais ingénieux), un vrai micro de Stratocaster (planqué sous un cache en plastique) et même une « custom color», le fiesta red étant alors la seule couleur (quelques instruments en « olympic white » sont sortis) proposée au début. Viendra ensuite le noir à la fin des années 70.

Comme cela se faisait couramment à l’époque, l’apprenti six-cordistes pouvait également se procurer un ampli (à lampes) de la même série.

Fender Bronco Amp

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Au diapason

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Ce type de modèle a toujours existé chez Fender qui le nommait parfois « student model ». Depuis les années 60, il fallait être capable de capter le public jeune dès l’adolescence et on sait que si ces derniers ont parfois des membres disproportionnés, il est toujours plus facile de commencer la guitare avec un manche (et un diapason) plus court. C’est bien le cas sur notre modèle qui présente une longueur de corde vibrante (« scale») de 24 pouces là où les modèles adultes commencent généralement à 25 1/2 pouces. Fender a pu descendre à des valeurs inférieures (22 1/2 pouces) avec la Duo-Sonic ou la Musicmaster plus clairement destinées à un public jeune. mais notre modèle partage son diapason avec des guitares qui n’ont jamais été considérées comme des entrées de gamme pour débutants. Qui oserait penser cela de la Jaguar et de la Mustang utilisées par Kurt Cobain ?

Kurt Cobain

Datation du modèle

On vérifie tout d’abord l’année de production grâce au numéro de série qui est encore inscrit sur la plaque de fixation du manche (« neckplate»). Les modèles ayant cette caractéristique sont surnommés « F series » entre 1965 et 1975. Ils succèdent à la série légendaire « L ».Par la suite les numéros de série seront inscrits sur le décalco Fender placé sur la tête de l’instrument (« Peghead Decal»).

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D’après lui,la guitare a été fabriquée entre 1973 et 1974 dans l’usine de Fullerton en Californie.

On peut utiliser une autre méthode de datation en utilisant les numéros de série des potentiomètres. Sur le nôtre les trois premiers chiffres(137) correspondent au code du fabricant. 137 est bien le code de référence pour le fournisseur CTS. Les deux chiffres suivants (73) indiquent l’année de production et les deux derniers (25) la semaine dans l’année.

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Ces deux pièces sont parfois utilisées par des faussaires afin de maquiller ou de reconstruire des instruments sensés avoir été construites au cours d’un âge d’or. Nous n’en sommes pas là pour le nôtre mais imaginons une Stratocaster de 1973 (dont la cote actuelle avoisine les 3000 euros en parfait état d’origine) à laquelle il manquerait sa neckplate d’origine et un ou deux potentiomètres.Ne serait-il pas tentant de les récupérer sur des modèles Fender beaucoup moins recherchés tels que le nôtre ? C’est une pratique hélas courante chez certains dealers peu scrupuleux. En effet, si la couleur d’origine peut diviser par deux la valeur d’une belle guitare vintage, ce genre de pièce peut faire parfois baisser le prix de quelques milliers d’euros sur une guitare particulièrement cotée. Il suffit de parcourir les offres d’ebay US pour s’en convaincre. L’oeil du collectionneur doit alors être particulièrement exercé pour relever ce genre de détails.

D’autres éléments peuvent également être datés avec précision ; les micros et le talon du manche qu’il faudra alors démonter. Cela se fait couramment sur des instruments (à manche vissé) de plusieurs milliers d’euros dont on va parfois rechercher les initiales de tel ou tel employé…

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Les procédés de fabrication industrielle se voient particulièrement bien sur le talon du manche une fois démonté.

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La lettre « T » correspond encore aux initiales d’un employé chargé sans doute du contrôle qualité là où quelques années auparavant il aurait réalisé lui-même la fabrication du manche.

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Nul besoin d’être expert en numéros de série Fender pour se voir confirmé que le micro est « grey bottom » typique de la production qui équipait les Stratocaster dans les années 70. Mais il est toujours bon de savoir que les deux derniers chiffres (73) nous indiquent l’année de fabrication. Les deux premiers nous donnent le numéro de la semaine dans l’année 1973. Quant aux deux suivants, ils indiquent le numéro de la machine ayant servi à bobiner le micro.

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Ce que je n’arrive toujours pas à m’expliquer, c’est la trace visible sur le fil de cuivre . Mauvaise manipulation en usine ou choc ultérieur ?

Une guitare tout terrain ?

Ford Bronco

Ford Bronco 74′

Un autre produit américain emblématique est à placer aux cotés de notre modèle. il s’agit du 4×4 Ford Bronco. Certes non notre instrument est moins bien équipé pour franchir tous les obstacles mais les moyens mis en oeuvre par les ingénieurs Fender pour proposer une guitare dotées des mêmes atours que la Stratocaster sont louables et  particulièrement visibles dans le système de vibrato.

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Derrière ce bloc massif se cache un ressort qui ne l’est pas moins.

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Le tout repose sur un pièce en métal qui rappelle la forme de cendrier dont a souvent parlé pour celui qui équipait la Telecaster. Ici ce serait plutôt un cendrier d’avion…

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Le chevalet reprend un procédé utilisé chez…Gibson. Exit donc les pontets individuels au profit d’une pièce métallique qui reprend le radius du manche.

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Le réglage de la justesse est possible mais il se fera moins rapidement que sur une Stratocaster.

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Le charme principal de cette guitare réside dans son manche typiquement « fenderien ». J’ai déjà évoqué l’importance de cette pièce dans la sonorité générale d’une guitare mais aussi dans la raison qui fera qu’on s’y s’attachera ou pas.

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En 1973, Fender a depuis longtemps abandonné pour ses manches le procédé dit « slab board » (qui supposait le collège d’une épaisse pièce de palissandre sur la touche) au profit du « curve board » doté d’une pièce de palissandre beaucoup plus fine.Les collectionneurs préféreront les premiers tandis que les musiciens qui pensent à leur compte en banque choisiront les seconds.

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La cavité accueillant le manche (« neck pocket ») dans laquelle on peut distinguer une pièce souvent méconnue des guitaristes. Il s’agit du « neck shim » qui permet de donner un angle plus prononce au manche et ainsi d’accroître la résonance des cordes. Il s’agit de la pièce en plastique noir. Le trou central devait servir à suspendre le corps pendant les opérations de peinture et de séchage.

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On peut en voir le principe sur le schéma suivant :

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Les mécaniques sont bien celles qui équipaient les modèles d’entrée de gamme à l’époque.

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Recouvertes d’un bouton en plastique, ces pièces sont fragiles. C’est toujours bon signe de les retrouver dans un tel état après trente années !

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Libérons la Bronco !

Les guitaristes célèbres à avoir osé les doigts sur notre modèle ne sont pas légion. On pourra quand même  citer Alex Turner (Artic Monkeys) qui s’exprime souvent sur une Bronco de la fin des années 70. Mais qu’il est loin le temps où Eric Clapton apparaissait brièvement avec une Gibson Firebird Reverse pour relancer les ventes de ce modèles durant quelques années. Ainsi, nous doutons que la seule publicité procurée par ce groupe planétaire puisse faire sortir notre modèle de son anonymat.

Alex Turner Bronco

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La cote actuelle d’une Fender Bronco en état d’origine peut ainsi se négocier autour de mille euros, sans doute un peu plus pour les premiers modèles. Assez rare, cet instrument n’a pas trouvé son public à l’époque de sa production… et encore moins depuis. Et puis de nombreux modèles ont été pillés (micros, électronique, manche, corps) ou modifiés pour accueillir un second micro grave les faisant ainsi ressembler aux Mustang beaucoup plus recherchées.

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La Bronco reste une bonne affaire pour qui veut agrémenter son arsenal d’une guitare assez exclusive. Elle peut également constituer un bon choix pour les chanteurs-guitaristes qui n’auront pas à se soucier d’un multitude de réglages et profiteront d’un excellent confort pour le jeu en accord.

Mais foin de guitares et d’automobiles ! Le Bronco est avant tout dans l’imaginaire américain un cheval sauvage indompté et par extension un destrier revenu à l’état sauvage.

Bronco Marion Russell

Charles Marion Russell, 10912

1 Commentaire

  1. Laurent

    passionnant et très instructif.

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