Epiphone Texan (1967) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Epiphone Texan (1967)

L’instrument présenté ce mois-ci reste assez méconnu dans nos contrées tant la marque Epiphone est associée à l’entrée de gamme asiatique du légendaire fabricant Gibson depuis les années 70.

Epiphone story

Les plus avertis se rappelleront que la marque a débuté à New York dans les années vingt avec la fabrication de banjos.Au début des années trente, elle est une des rares compagnies à réussir la transition vers la fabrication de guitares archtop dont certaines sont aujourd’hui très recherchées. La décennie suivante voit la fabrication des guitares flat top sans toutefois réussir à concurrencer les deux géants Martin et Gibson. Cette dernière (période CMI) rachète la marque en 1957 ainsi que le stock et les machines. Les premiers instruments marqués Epiphone sont expédiés depuis l’ usine de Kalamazoo à partir de 1959 On estime que moins de 1000 guitares par an ont été fabriquées ainsi jusqu’en 1970 et le transfert de la marque Epiphone vers les usines du « Mirecourt » japonais.

Les modèles acoustiques sont souvent alignées sur la gamme Gibson (avec des variations) tandis que les guitares électriques bénéficieront souvent de formes nouvelles : Coronet, Wilshire, Crestwood,…Les guitares archtop (Zephyr) disparaissent progressivement (exception faite de la merveilleuse création Howard Roberts) tandis que les demi-caisse (hollow body) deviennent les modèles emblématiques de la marque au cours de cette période : Casino, RivieraCentury, Granada…Mais pourquoi avoir conservé la marque Epiphone ? Une des explications serait que Gibson pouvait ainsi vendre des instruments dans des régions où Epîphone était déjà bien implantée.

Histoire du modèle

Il apparaît chez Epiphone en 1942 sous l’appellation FT-79. La forme était alors davantage inspirée des OM de Martin et présentait surtout un dos bombé (le plus souvent en érable) sensé favoriser les basses. Ce dernier est abandonné lorsque Gibson reprend la production du modèle en 1958 et le baptise Texan tout en gardant le nom de code d’origine . L’idée était de ne surtout pas faire oublier la marque dans les régions où Epiphone était plus populaire que Gibson. A partir de cette date,notre guitare devient une variation de la Gibson J-45 un peu plus luxueuse que sa consoeur avec ses repères en trapèzes inspirés du modèle Southern Jumbo.

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Peu de changements sont apportés au cours de sa brève existence dans le giron Gibson jusqu’à sa disparition en 1970. Signalons que les modèles les plus recherchés sont ceux de la fin des années 50. Il s’agit d’instruments hybrides sur lesquels Gibson avait utilisé des manches Epiphone au diapason un peu plus long.

Un bel exemplaire daté de 1958 qui illustre cette période de transition. La caisse est fabriquée par Gibson (avec certains éléments comme les kerked lining  récupérés de l’usine de Philadelphie) et un manche au profil V en 5 parties qui n’avait pas encore été assemblé par les ouvriers d’Epiphone.

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Une fois le stock écoulé, notre modèle est logiquement devenu le clone d’une J-45 : fond acajou,épaules rondes (round schoulder), manche fin… Seul le chevalet ajustable a été adopté pour la Texan à partir de 1962, soit deux ans après l’ensemble de la gamme Gibson (1960). Mais alors pourquoi notre modèle en est-il dépourvu me direz-vous ?

Datation du modèle

C’est d’abord sur le numéro se série que la question se pose, l’instrument ne présentant pas le Factory Order Number (FON) qui disparaît chez Gibson au début des années 60 avec l’accroissement de la production. Celui-ci permet de dater la construction de la guitare alors que le numéro de série inscrit sur le label collé dans la caisse et reporté sur l’arrière de la tête nous indique seulement le moment où l’instrument a été expédié.

Aucune mention de Gibson sur cette étiquette qui reprend les dimensions alors en vigueur chez Epiphone. Seul le lieu de production indiquant Kalamazoo trahit les origines du modèle.

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Le numéro de série reporté à l’arrière de la tête est souvent difficile à lire. L’ensemble nous donne l’année 1967. La même année voit le remplacement des boutons de mécaniques jusque là en plastique pour de l’acier.

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Eléments caractéristiques

J’ai évoqué plus haut l’absence de chevalet ajustable. Plusieurs hypothèses peuvent êtres imaginées tant la production gibsonienne est aléatoire par rapport aux informations affichées dans les catalogues de l’époque. Il a ainsi pu être monté à l’origine tant qu’il restait des modèles en stock qu’il fallait bien écouler. Il a pu être remplacé dans les années 80/90 à une période où les chevalets ajustables étaient mal considérés des musiciens et des vendeurs pour leurs médiocres qualités acoustiques. Enfin, il a pu être remplacé par un chevalet en plastique (du Brésil) dont Gibson commence à parer presque tous ses modèles flat top entre 1965 et 1967. La plupart on eu tendance à se décoller /déformer par la suite mais les deux vis qui les fixaient à la table permettent encore à l’objet de subsister sur quelques modèles d’époque. On peut encore en voir fréquemment le cas sur les B-25 ou LG-1 largement équipé de ces chevalets, sans doute en raison de leur taille réduite et de leur faible prix (pour du Gibson s’entend) à l’époque. Il est rare d’en trouver sur les J-45.

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L’aspect du bois et du bridge plate (il semble bien récente aussi) à l’intérieur de la caisse me font dire que ce chevalet n’est pas d’origine.

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C’est le genre d’intervention qui lorsqu’elle est fait par un professionnel (et c’est le cas ici) fait baisser le prix d’un instrument tout en ne modifiant que très peu sa sonorité d’origine. Sur une Martin prewar, on peut aller jusqu’à 25% de moins par rapport à la cote en état d’origine. Cela en fait donc des instruments que le marché vintage appelle « players », c’est-à-dire plus accessibles aux musiciens qu’aux collectionneurs.

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Et pour une guitare de musicien celle-ci en est une ! Notre modèle a en effet appartenu au folk singer américain Bill Morrissey mort en 2011. Acquise au début des années 90 au cours d’une tournée dans le Midwest  avec Greg Brown (également amateur de J-45), la guitare (surnommée  « Lake guitar») était équipé d’un micro magnétique Sunrise. Ce micro était très en vogue dans les années 90 (Emmylou Harris en utilise un sur sa J-200), notamment grâce à ses aimants ajustables.

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Notre homme possédait un second modèle de la fin des années 60 aisément reconnaissable grâce à ses mécaniques en acier.Il semble ici être équipée d’un micro magnétique Fishman Rare Earth.

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Ce crack visible sur la table n’a pas grande incidence sur la son. Il contribuera à faire baisser le prix de l’instrument.

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La fissure a été réparé par un professionnel comme le montre un examen de l’intérieur de la caisse.

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Le manche avec ses repères en parallélogramme hérités de la Southern Jumbo. Ceux de la période Epiphone étaient composés de rectangles assez massifs. La touche est faite dans un magnifique palissandre de Rio. A l’inverse de Martin,ce bois était rarement utilisé chez Gibson pour les caisses de résonance qui utilisait alors massivement l’acajou et l’érable moins onéreux.

Dans un article publié en 1996 dans le magazine américain Acoustic Guitar, Bill Morrissey insistait sur la taille du manche dans le choix de cette guitare.

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Citons-le : « I like how small the neck is. It’s just so easy for me to play. » Ce profil qui plaisait tant à Bill Morrissey correspond au manche développé par Gibson au début des années 60 pour séduire le public des guitaristes-chanteurs alors très populaires à l’époque. On s’éloigne alors du profil en « tronc d’arbre » (tree-trunk) typique depuis les années 30 pour un manche (beaucoup) plus fin et moins courbé sur la touche. Il s’agissait de favoriser la rapidité d’exécution et le confort de la main gauche. Le phénomène touche également les électriques avec le profil « slim tapper». Pour une Les Paul originale, la question peut même prendre les dimensions d’une étude clinique sur certains forums.

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Gros plan sur la finition irréprochable de notre modèle même si celle-ci peut apparaître assez rustique en comparaison du standard établi par Martin. Mais il faut dire que les quantités produites n’étaient pas les mêmes entre les deux fabricants.

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Les mécaniques Kluson d’origine. Les boutons en plastiques ont tendance à bouger avec le temps. C’est un miracle qu’après un usage aussi intensif ils soient toujours en place. On peut toujours les remplacer.

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La tête qui abrite la vis de réglage du manche.L’incrustation en nacre (vertical oval inlay) est plutôt associée un modèle haut de gamme comme la F-110 Frontier et sa caisse en érable. Le cache en plastique pour la barre de réglage du manche est ornée du slashed-C (également appelé stylized E) qui rappelle depuis 1939 les origines grecques du fils fondateur de la marque, Epi Stathopoulo.

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Les filets n’ont pas bougé depuis plus de 40 ans. Ils présentent une patine jaune caractéristique.

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Autre élément typique de la cosmétique vintage chez Gibson : le vernis faïencé. Il est particulièrement visible sur notre modèle.

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Aucune partie n’a été épargnée comme en témoignent le talon du manche et les éclisses.

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Le bouton attache courroie a été replacé. Il abritait une prise pour le montage interne  du micro magnétique.

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La plaque de protection était marquée d’un « E » grec jusqu’au milieu des années 60. Il disparaît ensuite. Cette forme a été conservé par rapport à celle plus massive des J-45/J-50 de la même époque, peut-être parce que les stocks avaient été conservés lors du rachat de la marque.

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L’étui TKL des années 90 a parfaitement rempli son rôle.  Souvent sur le route, il a été plusieurs fois réparé avec de l’adhésif. On s’en inquiétera en cas d’averse torrentielle.

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Catalogue Epiphone du début des années 60. Au sommet de la gamme trône le modèle Excellente lancé en 1963.Notez les épaules carrées (square shoulders) qui sont plutôt l’apanage du haut de gamme chez Gibson.

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vintageguitar.com

139 modèles Excellente ont été produits par Gibson produits entre 1963 et 1969, ce qui en fait un modèle particulièrement rare. L’expert nashvillien George Gruhn nous indique que seul le modèle J-200 peut alors lui être comparé en ce ce qui concerne l’ornementation, ce qui n’est pas peut dire !

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La forme de la la guitare flat top « round shoulder » associée à Gibson depuis les années 30.

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On peut estimer la valeur de cette guitare aux alentours des 3000 euros.Il faudra Compter environ 4000 euros pour un modèle entièrement original, les Epiphone de cette époque n’était pas aussi recherchées  que les Gibson pourtant produites dans la même usine…

 

 

 

4 Commentaires

  1. Très bel article encore une fois…..petite précision, la différence avec la j-45 ne concerne pas uniquement les repères de touche mais également le diapason, 24″3/4 pour la J-45 et 25″1/2 pour la texan, ce qui, tout en restant dans la même couleur de son lui donne un peu plus de projection qu’une Gibson de la même époque…en ce qui concerne le chevalet, je confirme que celui ci a bien été changé de même que le bridge plate. En 1967, le chevalet est toujours ajustable, celui que l’on aperçoit sur la photo possède un sillet traversant, procédé abandonné par Gibson aux alentours de 1954, de plus manquent les 2 nacres qui cachent les vis de mise en place du chevalet. Le bridge plate semble en érable massif sur la photo et l’on voit clairement qu’aucune perce correspondant au système de chevalet ajustable antérieur ne le traverse, de plus les bridge plate de cette époque sont en contreplaqué…celui sur la photo semble également moins large qu’un original de cette époque….en gros si un collectionneur répugne ce genre de modification, un musicien lui, les appréciera tant elles permettent à la guitare de gagner en définition et en volume….j’ai pratiqué ce genre de modification assez souvent, la différence entre avant et après est impressionnante. En tout les cas bel exemplaire et bravo encore le partage de connaissances.

  2. Hervé Oudet

    Merci pour tes photos classées X. Bill aurait sûrement aimé voir ce qu’il y avait sous le capot ! 😉

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