Egmond Kansas 1 ES-1 (1969) | Just you and my guitar - Le blog à six cordes
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Egmond Kansas 1 ES-1 (1969)

Peu d’informations existent sur cette marque néerlandaise disparue à la fin des années 70. Ce relatif anonymat ne saurait toutefois faire oublier que ces guitares ont irrigué le marché d’entrée de gamme de l’Europe du Nord au cours des années 50-60, donnant même à la firme la place de premier fabriquant européen au cours des années 60. On retrouve des Egmond aux Etats-Unis, pour preuve ce modèle Toledo vu il y a quelques semaines à Brooklyn (Main Drag Music).

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Sans doute plus facile à distribuer que leurs consoeurs allemandes (Framus, Hopf, Hofner)  ou italiennes (Eko) dans ces contrées septentrionales, moins chères encore que ces dernières (le prix une Egmond équivalait à 10% du prix d’une Fender), Egmond a souvent été la première guitare digne de ce nom à se retrouver dans les mains de nombreux apprentis guitaristes au premier rang desquels figurèrent George Harrisson ou Brian May.

Une brève histoire d’Egmond

Quelques éléments tirés du site Egmond.se. La marque est fondée en 1935 à Eindhoven (NL) et commence par importer des instruments jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au début des années 50, l’atelier-magasin fonctionne avec 20 employés fabricants quelques 50 instruments (guitares, mandolines et banjos) chaque semaine.

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Dix ans plus tard, on compte 80 employés aptes à produire près de 2000 instruments en une semaine.Quant à l’usine, elle été déplacée à Best dans les faubourgs d’Eindhoven.

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Plus tard, la marque ajouta une série d’amplis fabriqués en Italie. A noter que les noms des modèles et de la marque pouvaient varier selon les pays. En Angleterre par exemple, Egmond était ainsi connue dans les années 50 sous la marque Rosetti. Il y en eu bien d’autres : Vega (alors propriété de Martin dans les années 70 et utilisée pour fabriquer des acoustiques par Egmunf), Orpheum, Strad-O-Lin,Alpha…Cette dernière marque fut utilisée par les derniers employés à la fin des années 70 qui démarrèrent un atelier de guitares acoustiques tourné vers le haut de gamme.

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Les modèle les plus fameux sont sans doute à chercher parmi la série des « 7 » : Lucky 7, Bass 7, et Solid 7. C’est ce dernier modèle dotée d’un corps creux sans ouïes qui est le plus prisé des collectionneurs. Ces guitares ont connu de multiples changements au gré des modes du moment et il est difficile de s’y retrouver, et ce d’autant plus qu’il n’y a souvent aucune référence ou inscription sur les guitares hormis la marque affichée sur la tête.

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Cette Lucky 7 (la série « 36 » avait auparavant succédé à la série « 113 » des années 50) du début des années 60 fut rebaptisée « Kansas » lorsqu’elle fut dotée d’un truss-rod en 1969. Son seul problème est qu’elle eut alors à faire face à une concurrence japonaise en train de s’imposer grâce à des instruments de qualité supérieure.

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Sur notre modèle, de nombreux éléments semblent d’origine (chevalet, cordier, mécaniques, micro…), c’est suffisamment rare pour le signaler.

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 La lutherie : bois, verni, assemblage, manche…

La seule marque inscrite sur la guitare. Notons également que le manche présente une frette 0 typique de la lutherie européenne et dont les Américains auraient bien fait de s’inspirer : adieu ainsi les problèmes de réglage de sillet et d’intonation !

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Les mécaniques rustiques peinent à maintenir un accordage constant.Il manque un oeillet pour la corde de La.

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Un beau chevalet mobile qui remplit son rôle tout en ajoutant un côté « classieux » à cette guitare qui en avait bien besoin.

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Chevalet ajustable au design travaillé. Il fonctionne encore très bien.

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Le verni rapide à effectuer a subi les affres du temps et il est typique d’une lutherie bas de gamme : il ne tient pas et se retire en suivant les fibres du bois, donnant ce côté plissé que l’on retrouve sur des guitares italiennes ou allemandes de la même époque. L’avantage est qu’il n’étouffe pas le bois et n’alourdis pas l’instrument. Les feuilles de bois (érable) assemblées en une sorte de multiplis étant assez fines, cela donne une résonance intéressante pour un jeu acoustique.

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Le manche présente un profil assez épais mais il est agréable. Le plus surprenant est le radius de la touche. Il est très accentuée et se situe selon l’unité de mesure couramment employé à 7,25 » environ, ce qui nous donne un profil général résolument vintage. Au delà, autant jouer sur un manche de pioche ! Il est dotée d’une vis de fixation faisant également office de vis de réglage (via un gros ressort) concernant l’inclination du manche par rapport à la caisse.

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Le système du manche décortiqué sur le site Egmond.se . Un seconde vis de fixation cachée sous le repère de la 17ème case permet de « brider le manche une fois que l’angle est réglé » selon Patrice Noël ( Vintage Guitare #4).

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Le truss-rod est inspiré du système utilisé par Gibson

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La caisse ne présente pas une grande épaisseur (6 cm) et sa largeur de 14 » (36 cm) ne l’inscrit pas vraiment dans la famille des archtop (16 » ou 17 » – 41 cm ou 43 cm) les plus puisantes…Cela en fera une guitare facile à transporter.

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Le barrage qui constitue la table est ici des plus rudimentaires : il s’agit d’un X dont le centre passe sous le chevalet et au dessus des ouïes. Les barres de renfort sont réalisées avec des bois massifs (sans doute de l’épicéa, une des barres est ainsi fendue).Leur profil diminue en épaisseur à mesure que l’on va vers les éclisses.

L’électronique

On touche ici au coeur de cette guitare. La plaque PP1 (née en 1955) abritant le micro simple bobinage (modèle « Royal »,à moins que ce soit le nom de l’ensemble de la plaque comme l’affirme Patrice Noël dans son article) témoigne d’une grande ingéniosité. Les composant (capa et potentiomètres) sont de bonne qualité et contribuent par leur progressivité (tonalité surtout) à donner à cette guitare électrique une vrai personnalité, passant du jazz au blues le plus teigneux. Je m’étonne d’ailleurs que ce genre d’accessoires ne soit pas plus développé par les fabricants. Il s’agit de poser la plaquer sur la table et de la fixer par 5 vis (tout au plus) pour donner une seconde vie à des guitares  jusque là délaissées pour leur pauvreté acoustique.

Modèles Egmond utilisés à l’époque : de 1 à 3 micros.

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L’entrée du jack. Il faut bien faire attention en se branchant sous peine de tout arracher. Notez la pastille en métal au second plan qui cache l’orifice devant accueillir le sélecteur de position dans la configuration à 2 micros.

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Difficile de trouver des informations sur les trois composants mais je suspecte que ces modèles puissent avoir une certaine valeur sur le marché des accessoires vintage. Patrice Noël indique une fabrication suisse (Jaeger) pour les potentiomètres de 1 Mohm. Avec une valeur pareille, ils laissent « passer » beaucoup d’aigus, un peu comme les Telecaster de la fin des années 60 équipées de potard semblables. Rappelons que la valeur « habituelle » pour des micros simples est de 250 Kohms et 500Kohms pour les doubles qui ont moins besoin de voir leurs  fréquences aigus filtrées. Après, tout dépend aussi de la capa montée. La nôtre indiquerait une résistance de 0,22nF. En bref, le recours aux 2 potard est quasi indispensable pour ne pas se vriller les oreilles et découvrir des sons vraiment typés.

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Le micro simple bobinage intact et bien isolé. Il est fixé à la plaque par une vis centrale. Les plots ne sont pas ajustables mais c’est souvent le prix à payer  pour obtenir une épaisseur aussi fine. Toujours selon Patrice Noël, il présente un niveau de sortie assez important (environ 9 Kohms).

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Il est de type « flottant » c’est-à-dire qu’il n’est fixé directement sur la table mais par deux pattes vissées de chaque côté du manche.

Signalons enfin que je n’ai pas conservé la patte de fixation reliant la plaque  au chevalet. Elle gênait l’abaissement des cordes et pouvait faire bouger le chevalet à chaque fois que l’on se branche ou débranche. J’ai préféré la faire reposer sur un tube en caoutchouc utilisé par Fender sur ses premiers modèles en guise de ressort afin de régler la hauteur des micros.

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Je précise pour finir que de nombreuses informations complémentaires m’ont été fournies par la lecture de l’article de Patrice Noël paru dans le magasine Vintage Guitare (# 4 juillet septembre 2011).

 

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